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Le coût du stress au travail

 Selon une étude de l’INRS (Institut National de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles), le coût du stress professionnel représenterait 2 à 3 milliards d’euros par an en France.

Le stress coûte cher ; pas uniquement pour les personnes qui le subissent, mais aussi pour les entreprises et la société :

  • pour les individus, le coût est humain, il s’exprime en terme d’accidents, de maladies et de souffrances physique et morale ;

      25 % des salariés français signalent des problèmes de santé liés au stress professionnel selon la DARES. La proportion de dépressions attribuables au stress professionnel est élevé : 8 à 14 % chez les hommes et 9 à 13 % chez les femmes.

  • pour les entreprises, il s’exprime en termes d’absentéisme, voire d’instabilité professionnelle (changement de poste, démission), ou plus simplement de baisse de productivité et de qualité des produits ou services, d’accidents, de procès ou actions en justice, etc. ;

      28 % des salariés déclarent se mettre en arrêt maladie pour excès de stress, selon une enquête du Journal du net. En moyenne, les français prennent 9 jours par an, soit un des taux les plus élevés d’Europe. 27 % des salariés changent d’entreprise et 12 % changent de poste, en cas de stress excessif.

  • pour la société, il s’exprime en termes de médicaments et de soins.

L’étude de l’INRS intègre dans son analyse les dépenses de soins, l’absentéisme, les cessations prématurées d’activités (invalidités, dispenses d’activité au-déla de 50 ans) et les décès (maladies, suicides).

La dépression fait partie des conséquences les plus fréquemment étudiées du stress au travail. A titre d’exemple, celle-ci coûte chaque année :  

En millions d’euros

Hommes

Femmes

Soins de santé

26 à 45

56 à 80

Absentéisme

235 à 416

502 à 720

Cessation d’activités

253 à 448

294 à 422

Décès prématurés

96 à 169

38 à 54

Malgré tout l’intérêt de ce genre d’études, trop rares, il convient de préciser qu’il s’agit d’une estimation a minima. En effet, 

  1. L’étude ne prend en compte q’un certain type de stress : le “job strain“, c’est-à-dire des situations associant une forte pression et une faible autonomie. Sont donc exclus des stresseurs tels que l’absence de soutien social ou de reconnaissance. A titre indicatif, le “job strain” représente moins d’1/3 des situations stressantes au travail. 
  2. L’étude se limite à la prise en compte de quelques pathologies : maladies cardio-vasculaires, dépression et troubles musculo-squelettiques, ignorant les maladies immunitaires et allergiques ou les désordes hormonaux. Elle ne prend pas davantage en compte des notions telles que la souffrance morale et la perte de bien-être.

Image du travail parental chez les ados

Vie privée et vie professionnelle ne sont pas étanches, créant au mieux des interférences au pire des conflits de rôles plus ou moins importants et choniques en cas de stress professionnel. Stress auquel les enfants ne sont pas insensibles.

L’Observatoire de la parentalité en entreprise (OPE), vient de publier le troisième volet de son baromètre de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, sur l’image que les adolescents français se font du travail de leurs parents. Réalisée en novembre 2009, l’étude a porté sur 500 adolescents âgés de 14 à 17 ans.

Les adolescents connaissent relativement bien l’univers professionnel de leurs parents et sont satisfaits de la place que prend leur travail dans leurs échanges avec ceux-ci : 71 % déclarent ne souhaiter parler du travail de leurs parents “ni plus souvent ni moins souvent”.

En revanche, leur vision de ce travail est plutôt négative :

  • 71 % considèrent l’activité professionnelle de leur père comme “stressante et fatigante” (53 %), voire “très dure” (18 %), tandis que 20 % la considèrent “épanouissante”.
  • 55 % considèrent l’activité professionnelle de leur mère comme “stressante et fatigante” (45 %), voire “très dure” (10 %). Ils sont 24 % à la trouver “épanouissante”.

Ce qu’ils invoquent pour justifier leur réponse rejoint les agents stressants identifiés par les professionnels du stress et de la souffrance au travail : charge de travail excessive, horaires chargés ou indéfinis, entourage professionnel antipathique, absence de reconnaissance, clientèle de plus en plus difficile, etc.

Il est à noter que parmi les adolescents qui se sont rendus sur le lieu de travail de leurs parents au cours des 12 derniers mois, un grand nombre évoque l’envie simple de partager un moment avec eux, notamment vis-à-vis de leur mère : “Pour lui faire plaisir” , “Parce qu’elle rentre tard”, “Pour aller la chercher à la fin de son travail”, “Pour le voir, car le soir il rentre souvent très tard”, “Pour l’accompagner et ne pas rester seule chez moi“, “Pour lui dire coucou“, etc., ou le besoin de leur demander un service. Traduisant aussi le vécu des adolescents et éventuellement un manque relatif à la disponibilité des parents, il est dommage que les auteurs de l’étude n’est pas procédé à une analyse de contenu exhaustive des réponses aux questions ouvertes de l’enquête.

Facteurs de stress professionnel

Il existe classiquement 4 types de stresseurs professionnels :

Stresseurs liés aux caractéristiques de la tâche :

  • Conditions de travail (bruit, température extrême, produits toxiques…)
  • Fortes contraintes temporelles
  • Horaires contraignants, imprévisibles…
  • Excès ou absence de travail
  • Tâches monotones, peu stimulantes…
  • Interruptions fréquentes
  • Objectifs irréalistes, pression
  • Manque de participation aux prises de décision
  • etc.

Stresseurs liés aux caractéristiques relationnelles :

  • Conflit de rôle, dû à des demandes contradictoires venant de différents collaborateurs
  • Ambiguïté de rôle, due à un manque de clarté dans la définition de sa mission, de ses objectifs…
  • Manque de communication
  • Indisponibilité des supérieurs
  • Rivalité entre collègues
  • Brimades, harcèlement, violence, isolement
  • Manque de considération de la part des supérieurs hiérarchiques
  • Impatience, exigences et agressivité des clients ou usagers 
  • etc.

Stresseurs liés aux caractéristiques de la carrière :

  • Début de carrière, désillusions…
  • Précarité de l’emploi
  • Absence de promotion ou de débouchés
  • Sur ou sous-qualification pour le poste
  • Manque de reconnaissance sociale
  • Evolution du monde du travail
  • Mobilité professionnelle
  • Licenciement
  • etc.

Stresseurs liés à l’interface vie professionnelle/vie privée :

  • Incompatibilité ou concurrence entre les deux rôles (au niveau du temps, des valeurs, des objectifs…)
  • Difficultés à prendre de la distance
  • Manque d’appui à la maison pour les problèmes rencontrés au travail
  • Manque de reconnaissance des problèmes personnels au travail
  • etc.

L’identification des stresseurs - et éventuellement de la famille dominante de stresseurs - auxquels on est soumis, est la première étape à laquelle s’atteler pour y faire face. On ne peut affronter convenablement que ce que l’on a un tant soit peu identifié.

Il convient ensuite de savoir dans quelle mesure ces facteurs de stress sont ou non contrôlables. Deux difficultés principales apparaissent généralement :

  1. Essayer de changer ce qui ne l’est pas. Or, cela conduit inévitablement à l’échec, la déception et l’épuisement. Appliquer des stratégies de résolution de problème sur une situation qui est partiellement ou totalement modifiable est tout à fait pertinent. En revanche, face à une situation incontrôlable, il est préférable d’appliquer des stratégies centrées sur les émotions, qui ne changeront certes rien à la situation mais permettront de prendre de la distance, de relativiser, de voir les choses différemment ou simplement de se détendre. Les techniques de gestion du stress que sont la restructuration cognitive et la relaxation s’appliquent ici.
  2. Limiter de façon excessive sa marge de manoeuvre. Imaginer que l’on n’a aucun contrôle sur la situation, c’est renoncer d’emblée à y faire face et subir. Or bien souvent, les situations sont plus contrôlables qu’on ne l’imagine, au moins en partie. S’entraîner à élargir son champ des possibles interventions permet d’augmenter son sentiment de contrôle et de se donner davantage de moyens de faire face. Les techniques de résolution de problème, d’affirmation de soi et de restructuration cognitive, notamment, permettent de developper ses habiletés.

Burnout ou épuisement professionnel

Lorsque l’activité professionnelle est source d’épuisement, d’usure, de souffrance morale et d’une altération générale de la santé, on parle de burnout   ou d’épuisement professionnel . Celui-ci touche 5 à 10 % des salariés et s’observe dans tous les secteurs d’activité, quels qu’ils soient.

A l’origine, il concernait les professionnels de l’aide (travailleurs sociaux, professions médicales, enseignants, avocats…), dont l’engagement était parfois sévèrement mis à mal par la confrontation à la souffrance de l’autre. Aujourd’hui, on considère néanmoins que tous les professionnels peuvent être touchés.

Le burnout résulte d’un stress professionnel chronique. Un consensus existe pour le décrire sur la base de trois dimensions :

  • L’épuisement émotionnel se caractérise par une fatigue morale et physique sur laquelle le repos n’a aucun impact. Chaque nouvelle journée de travail est vécue comme un calvaire. Le professionnel perd tout entrain et toute motivation pour son travail, qui ne lui procure plus aucune satisfaction.
  • La dépersonnalisation renvoie à une attitude négative, détachée, impersonnelle et cynique, voire dans certaines formes dures, stigmatisante et maltraitante, envers les individus dont s’occupe le professionnel (patients, élèves, clients…).

Ex : Ah si je pouvais faire cours sans avoir à supporter mes élèves !

Ex : L’appendicite de la chambre 13. 

Dans sa forme légère, la dépersonnalisation joue un rôle protecteur pour l’individu, en lui permettant de faire face à l’épuisement émotionnel ressenti et de s’adapter à la perte d’implication professionnelle. En mettant à distance les demandes et les besoins des bénéfiaires de l’aide, ceux-ci semblent d’emblée moins urgents.

  • L’échec de l’accomplissement personnel correspond à la dévalorisation de soi en tant que professionnel : sentiment d’échec, croyance que les objectifs ne sont pas atteints, diminution du sentiment d’auto-efficacité, etc. Le professionnel est convaincu de son incompétence et de son incapacité à satisfaire son entourage, ce qui l’amène à douter de ses capacités à travailler dans ce secteur.

Le burnout démarre toujours avec l’épuisement professionnel, qui entraîne peu à peu la dépersonnalisation puis, directement ou indirectement, l’échec de l’accomplissement personnel.

L’épuisement émotionnel constitue le composant affectif du burnout, tandis que la dépersonnalisation et l’échec de l’accomplissement personnel en constituent les aspects comportementaux et cognitifs.

Le burnout a des conséquences multiples sur les plans émotionnel (angoisse, dépression…), cognitif (troubles de l’attention et de la concentration, difficulté à prendre des décisions…), professionnel  (désinvestissement, perte de productivité…), comportemental (troubles du sommeil, psychotropes…), relationnel (cynisme, irritabilité, isolement…) et physiologique  (hypertension, lombalgie, diabète…). En outre, les conséquences néfastes du burnout dépassent presque toujours le cadre professionnel pour atteindre la sphère privée, avec de nombreuses difficultés familiales et des divorces en cascade.

Violences contre les enseignants

Certaines professions exposent, plus que d’autres, ceux qui les exercent à la violence. Le Bureau international du travail cite le corps enseignant comme faisant partie des professionnels les plus exposés (Chappel & Di Martino, 2000).

Le site Etat de Droit traite à ce propos avec beaucoup de pertinence de la perte d’autorité progressive subie par les enseignants depuis plusieurs années. Ce manque d’autorité se répercute inévitablement sur leur propre sécurité. Aujourd’hui, un enseignant agressé n’est pas considéré comme un enseignant en difficulté ou maltraité, mais un enseignant qui ne sait pas se faire respecter…

Non seulement les enseignants sont 85 % à juger les élèves de plus en plus difficiles (Esquieu, 2002), mais encore certains vivent un véritable sentiment d’insécurité. Selon une étude de la Mutuelle générale de l’éducation nationale, ils sont 40 % à craindre les agressions verbales et près de 20 % à craindre les agressions physiques (Kovess, Chan Chee, Labarte & Brunou, 2001).

Les conduites violentes des enfants et des adolescents à l’égard du personnel éducatif ne constituent pas une réelle nouveauté au sein du système scolaire. Entre chahuts et affrontements armés, l’histoire de l’institution scolaire regorge d’anecdotes sur les violences et les révoltes juvéniles (Contou, 1980 ; De Viguerie, 1978 ; Guerrand, 1987).

En France, le premier rapport évoquant explicitement la question date de 1979 (Tallon, 1979). Limité à des établissements en situation a priori difficile, il révèle que les agressions contre les personnels concernent 43,9 % des collèges et 41,2 % des lycées d’enseignement professionnel (Hamon & Rotman, 1984). Elles s’expriment principalement de façon indirecte, par des atteintes aux biens dans les collèges et sur un mode verbal dans les lycées, les agressions physiques étant toujours les moins représentées (Debarbieux, 1996). Durant près de dix ans, toute nouvelle initiative d’investigation échoue et ce sont ces données qui serviront de base à la réflexion et aux recommandations institutionnelles contre la violence à l’école. Ponctuel et limité à l’étude à quelques académies, un rapport de 1993 (Barret, 1993) révèle que les agressions émanant d’éléments extérieurs aux établissements sont fréquentes : principalement d’anciens élèves ou de proches parents d’élèves qui n’hésitent pas à injurier, insulter, menacer ou agresser les personnels parce qu’ils sont mécontents d’un traitement, perçu comme injuste (Nouvel Observateur, 1993). Une enquête nationale menée en 1998-1999 fait apparaître que 20 % des incidents de toutes gravités confondues signalés sont dirigés contre les personnels (Allègre, Royal & Bartolone, 2000).

Mis en place à la rentrée 2001 par l’Education nationale, le logiciel SIGNA permet d’enregistrer les actes de violence les plus graves se produisant dans les établissements publics locaux d’enseignement des premier et second degrés. Correspondant aux signalements des chefs d’établissement, les données recueillies font l’objet de publications régulières depuis cinq ans (Houllé, 2002, 2004, 2005, 2006 ; Houllé & Rondeau, 2002).

Dans le second degré, le personnel compte pour plus du quart des destinataires de ces violences avec des taux moyens qui ne cessent d’augmenter :

  • 26,6 % en 2002-2003,
  • 26,8 % en 2003-2004,
  • 28,3 % en 2004-2005,
  • 29,5 % en 2005-2006.

Parallèlement, la proportion d’élèves auteurs de ces actes augmente également : 85,5 % en 2002-2003 versus 88 % en 2005-2006, au détriment d’auteurs extérieurs ou inconnus à l’établissement (Houllé, 2006). Les personnels ayant eu à subir un acte de violence grave sont à 60 % des enseignants. Néanmoins, ramenés aux effectifs réels de l’Education nationale, les taux d’exposition indiquent que ce sont les Chefs d’établissements et les Conseillers principaux d’éducation qui sont les plus exposés (14 %), suivis par les surveillants et les aides éducateurs (8 %) et enfin les enseignants (3,4 %) (Houllé, 2004-b).

En 2005-2006, les insultes ou menaces graves sont les violences les plus fréquemment commises à l’encontre de ces derniers : 70 % des actes enregistrés. Viennent ensuite, les violences physiques sans armes (7,5 %), les vols ou tentatives de vol (4,5 %), les dommages aux véhicules (4 %), les jets de projectiles (4 %), ou encore les violences physiques avec arme (< 1 %). Des agissements hors nomenclature en augmentation (7 % vs 4,5 % trois ans plus tôt) laissent penser que se développent des formes de violences nouvelles : blog, happy slaping… (Houllé, 2006). Les auteurs de ces actes sont à plus de 90 % des élèves.

Hommes et femmes enseignants sont globalement soumis aux mêmes d’agissements (taux d’exposition de 3 % vs 2,7 %). Les taux d’exposition varient en revanche selon le lieu d’exercice : 4,2 % pour les enseignants de collèges, 3,3 % pour ceux de lycées professionnels et 0,7 % pour ceux de lycées d’enseignement général et technologique (Houllé, 2004-b).