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Violences contre les enseignants

Certaines professions exposent, plus que d’autres, ceux qui les exercent à la violence. Le Bureau international du travail cite le corps enseignant comme faisant partie des professionnels les plus exposés (Chappel & Di Martino, 2000).

Le site Etat de Droit traite à ce propos avec beaucoup de pertinence de la perte d’autorité progressive subie par les enseignants depuis plusieurs années. Ce manque d’autorité se répercute inévitablement sur leur propre sécurité. Aujourd’hui, un enseignant agressé n’est pas considéré comme un enseignant en difficulté ou maltraité, mais un enseignant qui ne sait pas se faire respecter…

Non seulement les enseignants sont 85 % à juger les élèves de plus en plus difficiles (Esquieu, 2002), mais encore certains vivent un véritable sentiment d’insécurité. Selon une étude de la Mutuelle générale de l’éducation nationale, ils sont 40 % à craindre les agressions verbales et près de 20 % à craindre les agressions physiques (Kovess, Chan Chee, Labarte & Brunou, 2001).

Les conduites violentes des enfants et des adolescents à l’égard du personnel éducatif ne constituent pas une réelle nouveauté au sein du système scolaire. Entre chahuts et affrontements armés, l’histoire de l’institution scolaire regorge d’anecdotes sur les violences et les révoltes juvéniles (Contou, 1980 ; De Viguerie, 1978 ; Guerrand, 1987).

En France, le premier rapport évoquant explicitement la question date de 1979 (Tallon, 1979). Limité à des établissements en situation a priori difficile, il révèle que les agressions contre les personnels concernent 43,9 % des collèges et 41,2 % des lycées d’enseignement professionnel (Hamon & Rotman, 1984). Elles s’expriment principalement de façon indirecte, par des atteintes aux biens dans les collèges et sur un mode verbal dans les lycées, les agressions physiques étant toujours les moins représentées (Debarbieux, 1996). Durant près de dix ans, toute nouvelle initiative d’investigation échoue et ce sont ces données qui serviront de base à la réflexion et aux recommandations institutionnelles contre la violence à l’école. Ponctuel et limité à l’étude à quelques académies, un rapport de 1993 (Barret, 1993) révèle que les agressions émanant d’éléments extérieurs aux établissements sont fréquentes : principalement d’anciens élèves ou de proches parents d’élèves qui n’hésitent pas à injurier, insulter, menacer ou agresser les personnels parce qu’ils sont mécontents d’un traitement, perçu comme injuste (Nouvel Observateur, 1993). Une enquête nationale menée en 1998-1999 fait apparaître que 20 % des incidents de toutes gravités confondues signalés sont dirigés contre les personnels (Allègre, Royal & Bartolone, 2000).

Mis en place à la rentrée 2001 par l’Education nationale, le logiciel SIGNA permet d’enregistrer les actes de violence les plus graves se produisant dans les établissements publics locaux d’enseignement des premier et second degrés. Correspondant aux signalements des chefs d’établissement, les données recueillies font l’objet de publications régulières depuis cinq ans (Houllé, 2002, 2004, 2005, 2006 ; Houllé & Rondeau, 2002).

Dans le second degré, le personnel compte pour plus du quart des destinataires de ces violences avec des taux moyens qui ne cessent d’augmenter :

  • 26,6 % en 2002-2003,
  • 26,8 % en 2003-2004,
  • 28,3 % en 2004-2005,
  • 29,5 % en 2005-2006.

Parallèlement, la proportion d’élèves auteurs de ces actes augmente également : 85,5 % en 2002-2003 versus 88 % en 2005-2006, au détriment d’auteurs extérieurs ou inconnus à l’établissement (Houllé, 2006). Les personnels ayant eu à subir un acte de violence grave sont à 60 % des enseignants. Néanmoins, ramenés aux effectifs réels de l’Education nationale, les taux d’exposition indiquent que ce sont les Chefs d’établissements et les Conseillers principaux d’éducation qui sont les plus exposés (14 %), suivis par les surveillants et les aides éducateurs (8 %) et enfin les enseignants (3,4 %) (Houllé, 2004-b).

En 2005-2006, les insultes ou menaces graves sont les violences les plus fréquemment commises à l’encontre de ces derniers : 70 % des actes enregistrés. Viennent ensuite, les violences physiques sans armes (7,5 %), les vols ou tentatives de vol (4,5 %), les dommages aux véhicules (4 %), les jets de projectiles (4 %), ou encore les violences physiques avec arme (< 1 %). Des agissements hors nomenclature en augmentation (7 % vs 4,5 % trois ans plus tôt) laissent penser que se développent des formes de violences nouvelles : blog, happy slaping… (Houllé, 2006). Les auteurs de ces actes sont à plus de 90 % des élèves.

Hommes et femmes enseignants sont globalement soumis aux mêmes d’agissements (taux d’exposition de 3 % vs 2,7 %). Les taux d’exposition varient en revanche selon le lieu d’exercice : 4,2 % pour les enseignants de collèges, 3,3 % pour ceux de lycées professionnels et 0,7 % pour ceux de lycées d’enseignement général et technologique (Houllé, 2004-b).