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Le burnout chez les médecins libéraux de Champagne Ardenne

Pour rappel, le burnout est classiquement défini comme « un syndrome d’épuisement émotionnel, de dépersonnalisation et de réduction de l’accomplissement personnel qui apparaît chez les individus impliqués professionnellement auprès d’autrui ».

Si les professionnels de l’aide font l’objet d’études sur le sujet depuis 40 ans, il a fallu attendre 2001 pour que le burnout soit étudié pour la première fois chez les médecins libéraux. L’Union Régionale des Médecins Libéraux de Champagne Ardenne s’est intéressée à la question de l’usure professionnelle des médecins de la région. Le burnout varie considérablement d’un médecin à l’autre mais l’étude dresse néanmoins un état des lieux préoccupant :

  • 42 % des médecins se situent dans une tranche élevée d’épuisement émotionnel,
  • 44,5 % témoignent d’attitudes négatives marquées envers les patients, et
  • 37% ressentent un accomplissement personnel faible.

Comparativement à une population de référence américaine, les scores moyens des médecins libéraux champardennais sont significativement plus élevés en épuisement émotionnel (24,2 vs 20,3) et dépersonnalisation (9,2 vs 8,7). En revanche, l’accomplissement personnel est équivalent (35 vs 34,6). Comparativement à d’autres professions de santé, telles que les personnels de soins infirmiers ou les aides-soignantes, les mêmes tendances sont observées. Aussi, malgré une fatigue morale et des relations plus négatives avec les patients chez une part non négligeable de médecins, ceux-ci parviennent à un degré d’accomplissement personnel peu différent des autres corps de métier.

Certaines variables socio-démographiques sont-elles associées aux disparités de vécu entre médecins ?

Si l’âge n’est pas associé au burnout, en revanche le genre, oui : les femmes ont un plus faible épuisement émotionnel que leur confrères et dépersonnalisent moins leurs patients. Les généralistes pésentent un accomplissement personnel moindre comparativement aux spécialistes. Les médecins ruraux sont davantage épuisés émotionnellement, dépersonnalisent plus leurs patients et sont moins satisfaits en termes d’accomplissement personnel.

A quels stresseurs sont-ils soumis et certains sont-ils associés au vécu d’épuisement professionnel ?

La charge de travail est le facteur de stress le plus fréquent pour ces médecins, qui travaillent en moyenne 5 jours par semaine et 10 heures par jours. Viennent ensuite : le manque de temps consacré aux patients, la pression administrative, la fiscalité, les cas complexe, le manque de respect des patients, etc.

Bien que les plus fréquentes, ces situations n’ont qu’un impact relatif sur le burnout : la charge de travail par exemple joue sur l’épuisement émotionnel ; le manque de temps, les cas complexes et le manque de respect affectent la qualité des relations avec les patients ; et enfin les cas complexes altèrent l’accomplissement personnel. Un seul stresseur, moyennement fréquent, influence conjointement les trois variables du burnout (épuisement, dépersonnalisation et accomplissement) : les patients non compliants ! Plus que la charge de travail ou les obligations administratives et fiscales, la dimension relationnelle du métier semble davantage associée au burnout. Les médecins évoquent librement des patients de plus en plus exigeants, pressés, irrespectueux des règles de civilité élémentaire, consommateurs de santé, etc.

Le burnout est avant tout une pathologie de la relation, de la juste distance entre implication et détachement lorsque le professionnel constate un déséquilibre entre aspirations et moyens à disposition. Les médecins sont des hommes comme les autres, susceptibles d’être malades de leur métier. En revanche, ils ne sont pas des malades comme les autres : conditionnés par des études particulièrement stressantes, ils prennent sur eux, tirent sur la corde de la santé physique et psychique, n’osent pas consulter, cachent leur détresse et finissent par dépasser leurs limites. Lorsqu’il est dérangeant d’aller mal moralement quand on est médecin, le cercle vicieux n’est pas loin. “Je n’ai jamais pu consulter de confrère parce que je les connais tous trop bien et que je ne tiens pas à voir mon nom circuler dans la CPAM de mon département” précise l’un des médecins ayant répondu à l’enquête.

 Autre sujet particulièrement tabou : le burnout chez les psychologues. Là encore, il n’est pas permis d’aller mal ! L’étude est en cours…

 Référence : Truchot, D. (2003). Le burnout des médecins libéraux de Champagne Ardenne : charge de travail, orientation de carrière et prise de décision. Rapport de recherche pour l’URMLC-A., Université de Reims.

Burnout ou épuisement professionnel

Lorsque l’activité professionnelle est source d’épuisement, d’usure, de souffrance morale et d’une altération générale de la santé, on parle de burnout   ou d’épuisement professionnel . Celui-ci touche 5 à 10 % des salariés et s’observe dans tous les secteurs d’activité, quels qu’ils soient.

A l’origine, il concernait les professionnels de l’aide (travailleurs sociaux, professions médicales, enseignants, avocats…), dont l’engagement était parfois sévèrement mis à mal par la confrontation à la souffrance de l’autre. Aujourd’hui, on considère néanmoins que tous les professionnels peuvent être touchés.

Le burnout résulte d’un stress professionnel chronique. Un consensus existe pour le décrire sur la base de trois dimensions :

  • L’épuisement émotionnel se caractérise par une fatigue morale et physique sur laquelle le repos n’a aucun impact. Chaque nouvelle journée de travail est vécue comme un calvaire. Le professionnel perd tout entrain et toute motivation pour son travail, qui ne lui procure plus aucune satisfaction.
  • La dépersonnalisation renvoie à une attitude négative, détachée, impersonnelle et cynique, voire dans certaines formes dures, stigmatisante et maltraitante, envers les individus dont s’occupe le professionnel (patients, élèves, clients…).

Ex : Ah si je pouvais faire cours sans avoir à supporter mes élèves !

Ex : L’appendicite de la chambre 13. 

Dans sa forme légère, la dépersonnalisation joue un rôle protecteur pour l’individu, en lui permettant de faire face à l’épuisement émotionnel ressenti et de s’adapter à la perte d’implication professionnelle. En mettant à distance les demandes et les besoins des bénéfiaires de l’aide, ceux-ci semblent d’emblée moins urgents.

  • L’échec de l’accomplissement personnel correspond à la dévalorisation de soi en tant que professionnel : sentiment d’échec, croyance que les objectifs ne sont pas atteints, diminution du sentiment d’auto-efficacité, etc. Le professionnel est convaincu de son incompétence et de son incapacité à satisfaire son entourage, ce qui l’amène à douter de ses capacités à travailler dans ce secteur.

Le burnout démarre toujours avec l’épuisement professionnel, qui entraîne peu à peu la dépersonnalisation puis, directement ou indirectement, l’échec de l’accomplissement personnel.

L’épuisement émotionnel constitue le composant affectif du burnout, tandis que la dépersonnalisation et l’échec de l’accomplissement personnel en constituent les aspects comportementaux et cognitifs.

Le burnout a des conséquences multiples sur les plans émotionnel (angoisse, dépression…), cognitif (troubles de l’attention et de la concentration, difficulté à prendre des décisions…), professionnel  (désinvestissement, perte de productivité…), comportemental (troubles du sommeil, psychotropes…), relationnel (cynisme, irritabilité, isolement…) et physiologique  (hypertension, lombalgie, diabète…). En outre, les conséquences néfastes du burnout dépassent presque toujours le cadre professionnel pour atteindre la sphère privée, avec de nombreuses difficultés familiales et des divorces en cascade.