Soutien social et santé
Le soutien social, plus encore que le réseau social lui-même, est un puissant modérateur du stress. Il joue en outre un rôle fondamental sur la santé ; les études témoignent des effets bénéfiques du soutien social sur la santé physique mais surtout mentale.
On sait depuis une trentaine d’années que la solitude a des effets préjudiciables sur la santé physique ; le soutien social est associé à des taux moindres de morbidité et de mortalité. Une des toutes premières études épidémiologiques sur le sujet a porté sur la relation entre soutien social et taux de survie sur 9 années. Elle indique que le fait de vivre seul et d’être peu entouré sur un plan familial ou amical multiplie en moyenne par 2,5 le risque de décès toutes causes confondues, notamment chez les sujets les plus âgés, et par 3,5 le risque de mortalité coronarienne. Chez les malades eux-mêmes, cardiopathes, cancéreux, lombalgiques, etc., un soutien social adapté est associé à une évolution plus favorable de la maladie.
Il en est de même sur le plan psychologique, le lien entre soutien social et santé mentale étant encore mieux établi. Il existe une corrélation négative entre le soutien social et divers troubles psychiques, tels que l’anxiété, la dépression, les tentatives de suicide, etc., ces troubles étant d’autant plus fréquents que le soutien social perçu est faible. La dépression post-partum, par exemple, est d’autant plus intense que le réseau social et le soutien spécifique du père de l’enfant sont réduits. Face à un événement de vie majeur, le risque de développer un état dépressif est multiplié par 10 pour les femmes qui n’ont trouvé personne à qui confier leur détresse.
Les cinq événements les plus stressants selon l’une des échelles de stress les plus connues (Holmes et Rahe, 1967) sont d’ailleurs de nature sociale et relatifs à la rupture de liens : mort du conjoint, divorce, séparation conjugale, période de prison et décès d’un parent proche. La rupture de liens familiaux et amicaux importants est liée à des problèmes ultérieurs de santé. Au début du 19ème siècle, lorsque les prisons mirent en place le système pennsylvanien qui supprimait tout contact entre les détenus, les maladies psychosomatiques explosèrent. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les travaux de Spitz sur l’hospitalisme décrivent le retard de développement moteur et mental des nourrissons abandonnés et placés en hospice.
Les liens sociaux sont sources d’équilibre et d’adaptation plus importants. Ils renforcent les ressources perçues comme le sentiment de contrôle ou l’estime de soi, ils favorisent la mise en oeuvre de stratégies de faire face plus efficientes, ils réduisent l’affectivité négative, telle que la détresse morale ou l’angoisse, avec pour effet indirect d’optimiser les systèmes neuro-endocrinien et immunitaire.