Exposition Franck GUIDOLIN

A partir de février 2012, les murs de mon cabinet accueillent les oeuvres d’artistes dont j’apprécie le travail. C’est une idée qui me titille depuis quelques temps et je suis très heureuse qu’elle se concrétise enfin. J’offre un espace de visibilité à ces auteurs et donne vie  à mes murs ; art et psychologie n’étant d’ailleurs pas si éloignés l’un de l’autre…  

 

C’est l’artiste rémois Franck Guidolin qui inaugure ce projet, avec ses Pitongrammes : représentations stylisées et humoristiques de la société et de l’être humain.

Pitongrammes - Série 360° - Franck GUIDOLIN

Pitongrammes - Série 360° - Franck GUIDOLIN

A priori, le format sera le suivant : un nouvel artiste et une nouvelle exposition tous les quatre mois. Si vous êtes artiste et intéressé, vous pouvez me faire parvenir un petit dossier.

Le burnout chez les médecins libéraux de Champagne Ardenne

Pour rappel, le burnout est classiquement défini comme « un syndrome d’épuisement émotionnel, de dépersonnalisation et de réduction de l’accomplissement personnel qui apparaît chez les individus impliqués professionnellement auprès d’autrui ».

Si les professionnels de l’aide font l’objet d’études sur le sujet depuis 40 ans, il a fallu attendre 2001 pour que le burnout soit étudié pour la première fois chez les médecins libéraux. L’Union Régionale des Médecins Libéraux de Champagne Ardenne s’est intéressée à la question de l’usure professionnelle des médecins de la région. Le burnout varie considérablement d’un médecin à l’autre mais l’étude dresse néanmoins un état des lieux préoccupant :

  • 42 % des médecins se situent dans une tranche élevée d’épuisement émotionnel,
  • 44,5 % témoignent d’attitudes négatives marquées envers les patients, et
  • 37% ressentent un accomplissement personnel faible.

Comparativement à une population de référence américaine, les scores moyens des médecins libéraux champardennais sont significativement plus élevés en épuisement émotionnel (24,2 vs 20,3) et dépersonnalisation (9,2 vs 8,7). En revanche, l’accomplissement personnel est équivalent (35 vs 34,6). Comparativement à d’autres professions de santé, telles que les personnels de soins infirmiers ou les aides-soignantes, les mêmes tendances sont observées. Aussi, malgré une fatigue morale et des relations plus négatives avec les patients chez une part non négligeable de médecins, ceux-ci parviennent à un degré d’accomplissement personnel peu différent des autres corps de métier.

Certaines variables socio-démographiques sont-elles associées aux disparités de vécu entre médecins ?

Si l’âge n’est pas associé au burnout, en revanche le genre, oui : les femmes ont un plus faible épuisement émotionnel que leur confrères et dépersonnalisent moins leurs patients. Les généralistes pésentent un accomplissement personnel moindre comparativement aux spécialistes. Les médecins ruraux sont davantage épuisés émotionnellement, dépersonnalisent plus leurs patients et sont moins satisfaits en termes d’accomplissement personnel.

A quels stresseurs sont-ils soumis et certains sont-ils associés au vécu d’épuisement professionnel ?

La charge de travail est le facteur de stress le plus fréquent pour ces médecins, qui travaillent en moyenne 5 jours par semaine et 10 heures par jours. Viennent ensuite : le manque de temps consacré aux patients, la pression administrative, la fiscalité, les cas complexe, le manque de respect des patients, etc.

Bien que les plus fréquentes, ces situations n’ont qu’un impact relatif sur le burnout : la charge de travail par exemple joue sur l’épuisement émotionnel ; le manque de temps, les cas complexes et le manque de respect affectent la qualité des relations avec les patients ; et enfin les cas complexes altèrent l’accomplissement personnel. Un seul stresseur, moyennement fréquent, influence conjointement les trois variables du burnout (épuisement, dépersonnalisation et accomplissement) : les patients non compliants ! Plus que la charge de travail ou les obligations administratives et fiscales, la dimension relationnelle du métier semble davantage associée au burnout. Les médecins évoquent librement des patients de plus en plus exigeants, pressés, irrespectueux des règles de civilité élémentaire, consommateurs de santé, etc.

Le burnout est avant tout une pathologie de la relation, de la juste distance entre implication et détachement lorsque le professionnel constate un déséquilibre entre aspirations et moyens à disposition. Les médecins sont des hommes comme les autres, susceptibles d’être malades de leur métier. En revanche, ils ne sont pas des malades comme les autres : conditionnés par des études particulièrement stressantes, ils prennent sur eux, tirent sur la corde de la santé physique et psychique, n’osent pas consulter, cachent leur détresse et finissent par dépasser leurs limites. Lorsqu’il est dérangeant d’aller mal moralement quand on est médecin, le cercle vicieux n’est pas loin. “Je n’ai jamais pu consulter de confrère parce que je les connais tous trop bien et que je ne tiens pas à voir mon nom circuler dans la CPAM de mon département” précise l’un des médecins ayant répondu à l’enquête.

 Autre sujet particulièrement tabou : le burnout chez les psychologues. Là encore, il n’est pas permis d’aller mal ! L’étude est en cours…

 Référence : Truchot, D. (2003). Le burnout des médecins libéraux de Champagne Ardenne : charge de travail, orientation de carrière et prise de décision. Rapport de recherche pour l’URMLC-A., Université de Reims.

Gastroplastie et consultation de psychologue

Selon les recommandations pour le diagnostic, la prévention et le traitement des obésités en France, une gastroplastie ne peut être pratiquée qu’après l’avis positif d’une équipe pluridisciplinaire : chirurgien, mais aussi médecin généraliste, diététicien, psychiatre, pneumologue, cardiologue, gastro-entérologue, etc. Il convient en outre, que le patient présente une IMC * au moins égale à 40 (35 si des problèmes de santé font courir un risque vital) et qu’il ait suivi une aide médicale plurielle durant au moins 6 à 12 mois (contrôle alimentaire, activité physique, suivi psychothérapeutique, aide médicamenteuse…), sans succès. 

Or, il semble que ces recommandations soient considérées avec beaucoup de légèreté. J’ai reçu il y a quelques jours une jeune femme candidate pour une gastroplastie. L’intervention chirurgicale devait intervenir… 12 jours plus tard, avec une IMC tout juste égale à 35, une multitude de régimes mais pas de suivi médical pluri-professionnel pendant au moins six mois, et aucune visite chez un psychiatre. 

Dans ce cadre, que signifie “équipe pluridisciplinaire” ? J’ai plutôt le sentiment d’être considérée comme une formalité dans ce parcours : un rendez-vous et on repart serein avec son autorisation-césame délivrée en une heure de temps par un(e) psychologue qui, j’ai l’impression, remplace de plus en plus souvent le psychiatre, plus difficile d’accès… surtout au dernier moment. 

Le chirurgien est souvent perçu comme le seul interlocuteur ; le rôle des autres professionnels et notamment du nutritionniste et du psychologue étant réduit à la portion congrue. Quel temps me donne t-on pour exercer correctement mon métier ? En une heure, j’ai tout juste le temps de faire connaissance avec la personne qui me consulte ; certainement pas de procéder à une évaluation de ses lignes de force ou faiblesses psychologiques pour faire face à ce type de chirurgie et à ses conséquences. 

* IMC (Indice de masse corporelle) = poids/taille²

Selon Pierre Desproges…

- A quoi reconnaît-on un psychologue dans une assemblée ?

- C’est celui qui regarde les autres quand une jolie femme entre dans la pièce.

Pierre Desproges

Le bilan psychologique : une aide au développement personnel

 - Quel intérêt ? Je me connais, je n’ai pas besoin d’un bilan pour savoir qui je suis ! 

A peu de choses près, c’est la réponse que me fît un ami lorsque j’évoquais avec lui mon projet de développer l’approche du bilan psychologique au sein de ma pratique professionnelle. 

A bien y regarder, on peut effectivement se dire que la personne qui vit avec elle-même 24 heures sur 24 est peut-être la mieux placée pour savoir qui elle est et comment elle fonctionne. 

Et pourtant, les études montrent que l’estimation naïve de nos potentialités est très approximative. Ainsi, les corrélations entre autoévaluations et performances à des tests d’efficience intellectuelle avoisinent 0.30 *. En ce qui concerne les tests de personnalité, les corrélations entre autoévaluations et résultats sont à peine plus satisfaisantes à 0.40. Intuitivement, l’individu ne se connaît pas si bien et le bilan peut être, selon les cas, l’occasion de confirmer et affiner l’image que l’on a de soi, voire de découvrir véritablement un aspect de son fonctionnement psychologique. 

Idéalement, le bilan n’est pas une fin en soi. Au délà de la simple démarche diagnostique, il peut pour les personnes qui le souhaitent, être le point de départ de tout un travail personnel. Par l’enrichissement des représentations de soi, le bilan peut participer à un axe de développement de ses potentialités. En outre, le bilan lui-même participe à l’amélioration de l’image de soi. Une étude menée sur des étudiants indique que l’estime de soi augmente chez des personnes ayant bénéficié d’un retour de résultats après une évaluation psychométrique. 

* Comprise entre -1 et 1, une corrélation rend compte du degré de liaison entre deux variables. Plus une corrélation s’approche de zéro plus elle est insignifiante, plus elle s’approche des valeurs extrême -1 ou 1, plus elle est forte. A 0 la corrélation est nulle et les variables sont indépendantes. A -1 et 1 la corrélation est totale, les variables évoluant respectivement négativement (quand l’une augmente, l’autre diminue) ou positivement (quand l’une augmente, l’autre augmente également).

Livre : Femmes sous emprise (M.F. Hirigoyen)

J’initie avec cet article une série de coups de cœur pour des livres qui me semblent intéressants et dont je conseille parfois la lecture aux patients qui viennent me consulter. Journée du 8 mars oblige, un ouvrage qui traite des femmes… ce n’est guère original, je sais. J’assume ! 

 

Dernier en date d’une trilogie remarquable sur les violences et le harcèlement, l’ouvrage Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple de Marie-France Hirigoyen est un très bon point de départ pour comprendre le mécanisme des violences conjugales. 

C’est avec le féminisme, dans les années 1970, que les premières études sur la violence conjugale ont vu le jour. Jusqu’à alors, on considérait qu’il s’agissait d’une histoire privée et la question n’était pas traitée, restant sous la chape de plomb du secret de famille. Les travaux ont permis de se rendre compte qu’il ne s’agit en rien d’un phénomène marginal ; en France, une femme meure sous les coups de son compagnon (ou ex-compagnon) tous les deux jours et demi. Et, contrairement aux a priori, cette violence faite au femmes touche tous les milieux sociaux. 

Quand on parle de violence conjugale, on pense souvent violence physique, avec les objets qui volent, les coups, les blessures, etc. C’est négliger une autre forme de violence, autant, si ce n’est plus, destructrice : la violence psychologique. La violence conjugale englobe tous les actes générant des souffrances physiques et/ou psychologiques dans le but d’intimider, de punir ou d’humilier :

  • violences psychologiques, dont les violences verbales : dénigrement, mépris, indifférence, contrôle autoritaire des faits et gestes, jalousie pathologique, isolement, menaces… ;
  • agressions physiques, dont les violences sexuelles : gifles, coups de poing, coups de pieds, rapports sexuels forcés sous la contrainte ou la menace…

L’enquête ENVEFF (Enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes en France) réalisée par Maryse Jaspard en 2000 est la première enquête nationale sur ce sujet en France, prenant en compte ces deux formes de violence. Réalisée par téléphone auprès de 6970 femmes âgées de 20 à 59 ans, l’étude indique que 10 % des femmes auraient subie des violences au cours des 12 mois précédant l’enquête.

Il n’est pas utile d’user de la force physique pour être violent : des moyens subtils, répétitifs et ambigus peuvent être utilisés avec autant si ce n’est plus d’efficacité. Cette prise en compte de la violence psychologique est essentielle ; d’une part, parce qu’elle est la plus fréquente, et d’autre part, parce que c’est par elle que la violence conjugale s’installe et s’intensifie jusqu’à la violence physique. Les premières attaques sont légères, ce qui les rend bien souvent acceptables. Les violences s’intensifient très graduellement, de façon à conditionner progressivement les femmes qui finissent par les trouver normales, alors qu’elles auraient été choquées d’y être confrontées d’emblée. Avant les coups, une cascade de comportements abusifs psychologiques se mettent en place, anesthésiant progressivement les capacités de réactions.

A partir de nombreux exemples, Marie-France Hirigoyen dresse un panorama très complet de ces violences conjugales et surtout explique le mécanisme même de l’emprise psychologique, comment elle se met en place et comment en sortir.

 

Hirigoyen, M.-F. (2006). Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple. Ed. Pocket.

Bonnes résolutions : initier et maintenir le changement

Qui dit nouvelle année, dit bonnes résolutions : s’inscrire dans une salle de gym, se mettre au régime, arrêter de fumer, aller voir sa grand-mère plus souvent, réviser ses cours régulièrement, s’actroyer du temps pour soi, passer plus de temps avec ses enfants, aller voir un psy…

Tout un chacun sait que ces bonnes résolutions de nouvel an ne sont généralement pas très stables dans le temps… Une étude vient le confirmer, indiquant que seuls 12 % des individus se sont tenus aux bonnes résolutions prises pour la nouvelle année.

Pourquoi cela fonctionne t-il si mal ? Pour des raisons diverses, qui ont trait à des objectifs trop ambitieux ou trop flous, à une absence de plan d’actions laissant libre cours aux habitudes, ou encore à un manque de recherche de soutien social par exemple. En outre, le changement d’année n’est en rien propice à un changement de vie, le plus petit soit-il. Pourquoi le serait-il, d’ailleurs ? La bonne date pour changer, est une date choisie par soi et pour soi, selon son calendrier propre et non un calendrier impersonnel, tout grégorien qu’il soit.

La difficulté réside dans l’application et le maintien à moyen et long termes des décisions prises. Quelques mesures permettent d’augmenter les chances de réussite pour instaurer puis maintenir le changement :

1 - Fixer un objectif réaliste

Un objectif réaliste est un objectif réalisable. Par exemple : si cela fait dix ans que vous n’avez pas fait de sport, il est inutile de vous fixer comme objectif d’en faire tous les jours. Non seulement c’est irréaliste, mais en plus vous courez droit à l’échec, donc à la déception, voire à la dépréciation, et finalement à l’abandon. C’est le cercle vicieux des barres placées trop haut. Passer de rien du tout depuis dix ans à une séance de sport par semaine est en revanche nettement plus réaliste. Et, si l’objectif devient réalisable, la satisfaction sera plus importante et le maintien, voire le passage à deux séances hebdomadaires, se feront sans efforts. C’est le cercle vertueux de la technique des petits pas.

Ne se fixer qu’une seule bonne résolution à la fois participe également au réalisme des changements attendus. Vouloir tout changer en même temps, c’est se mettre une pression drastique et inutile sur les épaules. La première cause d’échec chez les hommes est un objectif trop ambitieux.

2 - Déterminer des modalités de réalisation précises

Si je reste sur mon exemple, vous avez d’autant plus de chance de réellement vous mettre au sport si vous  savez quel sport vous allez pratiquer, quel jour, à quelle heure, pendant combien de temps, à partir de quelle date, quel jour vous achetez la tenue necessaire et dans quel magasin, etc. Plus le plan d’action est précis, plus vous avez réfléchi et préparé le changement, plus les chances de succès augmentent. 

3 - Anticiper les processus de mise en échec et parades possibles

Il s’agit de lister ce qui vous a fait échouer la dernière fois et/ou ce qui pourrait vous mettre en échec cette fois-ci ; autrement dit anticiper ce qui pourrait vous détourner de vos objectifs. Si par exemple, vous savez d’emblée que vous avez du mal à ressortir de chez vous le soir pour aller faire du sport parce que le froid et la fatigue vous donnent envie de rester tranquille, etc., vous avez intérêt à trouver a priori des parades à cette tendance. Par exemple : ne pas repasser chez vous et aller directement du travail à la salle de sport, pour éviter d’être tenté de rester chez vous ; faire du sport avec une amie et se donner rendez-vous sur place , pour se sentir davantage obligé d’y aller.

4 - Mettre en place un système de contrôle et de récompense

Un système d’évaluation permet de constater l’engagement pris avec soi-même et éventuellement les progrès. Toujours par rapport à l’exemple pris, noter l’évolution de sa fréquence cardiaque, la durée de sa course ou le poids des charges soulevées, etc., agit comme un renforcement positif.

Rendre compte de ses progrès ou difficultés à un tiers et recueillir ses encouragements et conseils est une attitude qui peut également soutenir la motivation. La première cause d’échec chez les femmes est le manque de recherche de soutien social : elles taisent leurs décisions pour éviter les jugements et se privent du même coup de l’appui de leur entourage.

De façon encore plus pragmatique, se récompenser au premier sens du terme, par un cadeau, à l’atteinte d’une étape ou à l’issue des objectifs visés est une forme d’encouragement et de valorisation de soi.

Représentations & vécu

Une petite fable sympathique et pleine de sens (Boris Cyrulnik) :

En se rendant à Chartres, Péguy voit sur le bord de la route un homme qui casse des cailloux à grands coups de maillets. Son visage exprime le malheur et ses gestes la rage. Péguy s’arrête et lui demande :

- Monsieur, que faites-vous ?

- Vous voyez bien, lui répond l’homme, je n’ai trouvé que ce métier stupide et douloureux !

Un peu plus loin, Péguy aperçoit un autre homme qui, lui aussi, casse des cailloux, mais son visage est calme et ses gestes harmonieux.

- Que faites-vous, Monsieur ?, lui demande Péguy.

- Eh bien, je gâgne ma vie grâce à ce métier fatigant, mais qui a l’avantage d’être en plein air, lui répond-il.

Plus loin, un troisième casseur de cailloux irradie de bonheur. Il sourit en abattant la masse et regarde avec plaisir les éclats de pierre.

- Que faites-vous ?, lui demande Péguy.

- Moi, répond cet homme, je bâtis une cathédrale.

Les français et les psychothérapies

L’enquête n’est pas toute jeune, mais c’est la plus récente. Selon un sondage réalisé en juin 2006 par le CSA pour la revue Psychologie, près de 8 % des français (adultes de plus de 15 ans) suivent ou ont suivi une psychothérapie, soit environ 4 millions de personnes.  

Sur un échantillon représentatif de 6028 personnes, 7,7 % d’entre-elles disent suivre ou avoir suivi une psychothérapie au cours de leur vie. Deux tiers des patients sont en réalité des patientes, non pas que les femmes aillent plus mal que les hommes nécessairement, mais elles font plus facilement la démarche. Les citadins et les diplômés font plus facilement la démarche de consulter également. Deux pics de fréquentation s’observent : les 25-29 ans et les 40-49 ans. 

Les motifs de consultation sont variés, les plus fréquents étant la dépression (29 %), un sentiment de mal-être ou un trouble gênant (23 %), des ennuis familiaux (22 %), le décès d’un proche (18 %), des problèmes relationnels (18 %), des ennuis de santé (16 %), des problèmes nerveux (13 %), un traumatisme (12 %) ou encore des problèmes professionnels (11 %). Ce ne sont pas nécessairement des raisons à valence négative qui poussent à entamer une psychothérapie puisque 20 % des personnes y viennent également pour simplement mieux se connaître. 

La durée de la (ou des) thérapie(s) suivie(s) a une amplitude importante, puisqu’une sur deux dure moins d’un an (50,5 %, dont 31 % moins de six mois) , 33 % durent entre un et cinq ans et 15 % durent plus de cinq ans. Dommage d’avoir retenu comme critère le cumul des durées des différentes thérapies engagées au cours d’une vie. La durée moyenne de la dernière thérapie aurait sans doute était plus instructive, car lorsqu’on revient consulter ce n’est plus forcément pour la même raison. Néanmoins, ce résultat montre bien que la thérapie qui dure des années est encore bien implantée en France, même si la thérapie dite « brève » se démocratise. 

La méthode thérapeutique employée par le thérapeute consulté n’est connue que de la moitié des personnes (46 %). Les plus fréquemment citées sont la médication (19 %), la psychanalyse (17 %) et la thérapie comportementale (13 %). Bien qu’en déclin (30 % selon l’enquête de 2001), la psychanalyse demeure l’approche psychothérapeutique privilégiée. La liste des thérapies proposée aux personnes interrogées est ponctuellement assez surprenante, par ses mélanges et ses oublis : On y trouve la thérapie familiale, la thérapie de couple, mais où est passée la thérapie individuelle ? Quid de la thérapie systémique ? Où a disparu le versant cognitiviste de la thérapie comportementale ? Mais le plus souvent (54 %), c’est simplement comme « un dialogue et une discussion » qu’est perçue la thérapie, indiquant par là même que si la personne laisse au thérapeute la dimension technique, elle est sensible à la dimension humaine de la relation. Cela signifie par ailleurs que les temps du thérapeute silencieux est en passe de devenir un mythe : les thérapeutes aujourd’hui n’hésitent plus à parler à leurs patients. 

Concernant la prise de psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères), je ne sais pas comment il faut interpréter les résultats, mais ils ne sont guère encourageants, de façon générale et pour les thérapeutes… 58 % des personnes suivant ou ayant suivi une psychothérapie en ont déjà pris au moins une fois dans leur vie, et notamment 32 % avant la thérapie, 31 % après la thérapie (ça baisse, mais bon…) et 48 % pendant la thérapie. Une lecture négative pourrait être que la thérapie ne diminue pas la médication, voire qu’elle l’accentue pendant son déroulement. Une interprétation plus positive pourrait être que la démarche personnelle d’engager une psychothérapie s’accompagne d’une médication-béquille temporaire pour aider à initier les premiers changements ou à stabiliser un état, cela se traduisant par une augmentation de la prise de psychotropes pendant la thérapie ; la stabilité des pourcentages entre avant et après la thérapie pouvant s’expliquer par les habitudes ancrées chez les patients, notamment l’auto-médication. A ce stade, il est intéressant de rappeler que parmi les méthodes utilisées par les thérapeutes, les médicaments sont cités par 19 % des personnes, soit la méthode la plus fréquemment employée derrière le dialogue et la discussion… Cette prescription n’est possible que par un médecin, seul à même de prescrire des médicaments. Dommage que l’enquête ne renseigne pas sur l’identité des thérapeutes consultés : psychiatre, psychologue ou psychothérapeute. 

Les éléments les plus importants pour la formation de thérapeute sont pour 44 % des personnes interrogées des études de médecine avec une spécialisation en psychiatrie et pour seulement 36 % d’entre-elles des études de psychologie. Les psychologues ont encore du travail pour valoriser la qualité de leur formation et de leurs savoirs-faire. Nous pâtissons sans doute du flou qui entoure la pratique de la psychothérapie, le nouveau décret sur l’utilisation du titre de psychothérapeute ne risquant pas d’arranger les choses malheureusement. Avoir suivi une formation pratique supervisée par des praticiens expérimentés, est également une condition importante, citée par 45 % des personnes. C’est logique, une formation de confiance combine le sérieux de l’enseignement universitaire et scientifique, ainsi que la pratique de terrain encadrée et supervisée. Les patients ne s’y trompent pas d’ailleurs, puisqu’ils ne sont que 18 % à citer l’appartenance à une école ou une fédération de spécialistes, comme critère de qualité.

Les changements survenus à la suite de la psychothérapie sont plutôt positifs : 32 % disent aller mieux, 18 % ont une meilleure connaissance d’eux-même, 18 % ont une nouvelle confiance en eux, 17 % observent un changement de comportement dans leurs relations avec les autres, 17 % voient les choses différemment, 15 % sont plus calmes et moins angoissés, 9 % s’acceptent davantage, 8 % ont une meilleure vie de famille et 4 % dorment mieux. Ils sont par ailleurs 16 % à estimer que la thérapie n’a rien changé ou pas grand chose et 8 % qu’elle a au contraire tout ou presque tout changé pour eux. Bref, une psychothérapie ne chamboule pas une vie, elle aide simplement à être mieux dans sa vie. C’est un changement qualitatif qui s’opère, et non un bouleversement. En conclusion, 88 % des personnes ayant consulté estiment que la psychothérapie les a aidées, beaucoup (56 %) ou au moins un peu (32 %). Elles sont par ailleurs 9 % à estimer qu’elle n’a eu aucun effet sur eux et 2 % qu’elle a plutôt aggravé les choses.

En tant que spécialiste, je regrette bien évidemment le manque de précision de certaines questions, l’absence d’autres questions, etc., mais globalement ce type d’enquête est extrêmement intéressant. En outre, les résultats parlent d’eux même. Le bilan est positif et témoigne de l’importance des pratiques psychothérapeutiques.

Image et influence sociales

Pour changer un peu, une petite histoire que j’aime beaucoup :

Par une chaude journée d’été, dans l’Italie du sud, un homme et son jeune fils, accompagnés de leur âne, décident de rendre visite à des membres de leur famille qui habitent une ville lointaine.

Le père montaît l’âne, tandis que son fils marchaît à ses côtés. Un groupe de gens les regarda passer. Le père les entendit dire : Voyez comme ce père est cruel ! Lui voyage à dos d’âne, tandis que son petit garçon doit marcher à pied. Et par une si chaude journée !

Le père descendit de sa monture, fit monter son fils et ils continuèrent leur équipé. Passant devant d’autres personnes, le père les entendit dire : Voyez-vous ce père âgé qui marche à pied par une si chaude journée, alors que son fils est confortablement assis ? Quel genre d’éducation est-ce là ?

A ces mots, le père décide que le mieux serait qu’ils montent sur l’âne tous les deux. Continuant leur route, ils passent encore devant d’autres personnes . Cette fois, le père les entend dire : Regardez, quelle cruauté ! Ces deux là n’ont aucune pitié pour le pauvre animal qui doit porter un tel fardeau par une si chaude journée.

Le père descend alors à nouveau et demande à son fils d’en faire autant. Alors qu’ils continuent leur longue marche et passent devant un autre groupe de personnes, ils les ententent dire : Regardez ces deux idiots ! Par une si chaude journée , ils vont à pied alors qu’ils pourraient voyager à dos d’âne !