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Selon Pierre Desproges…

- A quoi reconnaît-on un psychologue dans une assemblée ?

- C’est celui qui regarde les autres quand une jolie femme entre dans la pièce.

Pierre Desproges

Les français et les psychothérapies

L’enquête n’est pas toute jeune, mais c’est la plus récente. Selon un sondage réalisé en juin 2006 par le CSA pour la revue Psychologie, près de 8 % des français (adultes de plus de 15 ans) suivent ou ont suivi une psychothérapie, soit environ 4 millions de personnes.  

Sur un échantillon représentatif de 6028 personnes, 7,7 % d’entre-elles disent suivre ou avoir suivi une psychothérapie au cours de leur vie. Deux tiers des patients sont en réalité des patientes, non pas que les femmes aillent plus mal que les hommes nécessairement, mais elles font plus facilement la démarche. Les citadins et les diplômés font plus facilement la démarche de consulter également. Deux pics de fréquentation s’observent : les 25-29 ans et les 40-49 ans. 

Les motifs de consultation sont variés, les plus fréquents étant la dépression (29 %), un sentiment de mal-être ou un trouble gênant (23 %), des ennuis familiaux (22 %), le décès d’un proche (18 %), des problèmes relationnels (18 %), des ennuis de santé (16 %), des problèmes nerveux (13 %), un traumatisme (12 %) ou encore des problèmes professionnels (11 %). Ce ne sont pas nécessairement des raisons à valence négative qui poussent à entamer une psychothérapie puisque 20 % des personnes y viennent également pour simplement mieux se connaître. 

La durée de la (ou des) thérapie(s) suivie(s) a une amplitude importante, puisqu’une sur deux dure moins d’un an (50,5 %, dont 31 % moins de six mois) , 33 % durent entre un et cinq ans et 15 % durent plus de cinq ans. Dommage d’avoir retenu comme critère le cumul des durées des différentes thérapies engagées au cours d’une vie. La durée moyenne de la dernière thérapie aurait sans doute était plus instructive, car lorsqu’on revient consulter ce n’est plus forcément pour la même raison. Néanmoins, ce résultat montre bien que la thérapie qui dure des années est encore bien implantée en France, même si la thérapie dite « brève » se démocratise. 

La méthode thérapeutique employée par le thérapeute consulté n’est connue que de la moitié des personnes (46 %). Les plus fréquemment citées sont la médication (19 %), la psychanalyse (17 %) et la thérapie comportementale (13 %). Bien qu’en déclin (30 % selon l’enquête de 2001), la psychanalyse demeure l’approche psychothérapeutique privilégiée. La liste des thérapies proposée aux personnes interrogées est ponctuellement assez surprenante, par ses mélanges et ses oublis : On y trouve la thérapie familiale, la thérapie de couple, mais où est passée la thérapie individuelle ? Quid de la thérapie systémique ? Où a disparu le versant cognitiviste de la thérapie comportementale ? Mais le plus souvent (54 %), c’est simplement comme « un dialogue et une discussion » qu’est perçue la thérapie, indiquant par là même que si la personne laisse au thérapeute la dimension technique, elle est sensible à la dimension humaine de la relation. Cela signifie par ailleurs que les temps du thérapeute silencieux est en passe de devenir un mythe : les thérapeutes aujourd’hui n’hésitent plus à parler à leurs patients. 

Concernant la prise de psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères), je ne sais pas comment il faut interpréter les résultats, mais ils ne sont guère encourageants, de façon générale et pour les thérapeutes… 58 % des personnes suivant ou ayant suivi une psychothérapie en ont déjà pris au moins une fois dans leur vie, et notamment 32 % avant la thérapie, 31 % après la thérapie (ça baisse, mais bon…) et 48 % pendant la thérapie. Une lecture négative pourrait être que la thérapie ne diminue pas la médication, voire qu’elle l’accentue pendant son déroulement. Une interprétation plus positive pourrait être que la démarche personnelle d’engager une psychothérapie s’accompagne d’une médication-béquille temporaire pour aider à initier les premiers changements ou à stabiliser un état, cela se traduisant par une augmentation de la prise de psychotropes pendant la thérapie ; la stabilité des pourcentages entre avant et après la thérapie pouvant s’expliquer par les habitudes ancrées chez les patients, notamment l’auto-médication. A ce stade, il est intéressant de rappeler que parmi les méthodes utilisées par les thérapeutes, les médicaments sont cités par 19 % des personnes, soit la méthode la plus fréquemment employée derrière le dialogue et la discussion… Cette prescription n’est possible que par un médecin, seul à même de prescrire des médicaments. Dommage que l’enquête ne renseigne pas sur l’identité des thérapeutes consultés : psychiatre, psychologue ou psychothérapeute. 

Les éléments les plus importants pour la formation de thérapeute sont pour 44 % des personnes interrogées des études de médecine avec une spécialisation en psychiatrie et pour seulement 36 % d’entre-elles des études de psychologie. Les psychologues ont encore du travail pour valoriser la qualité de leur formation et de leurs savoirs-faire. Nous pâtissons sans doute du flou qui entoure la pratique de la psychothérapie, le nouveau décret sur l’utilisation du titre de psychothérapeute ne risquant pas d’arranger les choses malheureusement. Avoir suivi une formation pratique supervisée par des praticiens expérimentés, est également une condition importante, citée par 45 % des personnes. C’est logique, une formation de confiance combine le sérieux de l’enseignement universitaire et scientifique, ainsi que la pratique de terrain encadrée et supervisée. Les patients ne s’y trompent pas d’ailleurs, puisqu’ils ne sont que 18 % à citer l’appartenance à une école ou une fédération de spécialistes, comme critère de qualité.

Les changements survenus à la suite de la psychothérapie sont plutôt positifs : 32 % disent aller mieux, 18 % ont une meilleure connaissance d’eux-même, 18 % ont une nouvelle confiance en eux, 17 % observent un changement de comportement dans leurs relations avec les autres, 17 % voient les choses différemment, 15 % sont plus calmes et moins angoissés, 9 % s’acceptent davantage, 8 % ont une meilleure vie de famille et 4 % dorment mieux. Ils sont par ailleurs 16 % à estimer que la thérapie n’a rien changé ou pas grand chose et 8 % qu’elle a au contraire tout ou presque tout changé pour eux. Bref, une psychothérapie ne chamboule pas une vie, elle aide simplement à être mieux dans sa vie. C’est un changement qualitatif qui s’opère, et non un bouleversement. En conclusion, 88 % des personnes ayant consulté estiment que la psychothérapie les a aidées, beaucoup (56 %) ou au moins un peu (32 %). Elles sont par ailleurs 9 % à estimer qu’elle n’a eu aucun effet sur eux et 2 % qu’elle a plutôt aggravé les choses.

En tant que spécialiste, je regrette bien évidemment le manque de précision de certaines questions, l’absence d’autres questions, etc., mais globalement ce type d’enquête est extrêmement intéressant. En outre, les résultats parlent d’eux même. Le bilan est positif et témoigne de l’importance des pratiques psychothérapeutiques.

La psychanalyse : une place à part (injustifiée) dans les thérapies

 La psychanalyse dispose d’une place à part dans le champ de la psychothérapie. 

Prenons les pages jaunes. On y trouve la section psychiatres, la section psychologues, la section psychothérapeutes… et la section psychanalystes ! Pourquoi ? Pourquoi n’y a -il pas une section pour les psychothérapeutes sytémiciens, une section pour les psychothérapeutes cognitivo-comportementalistes, une section pour les art-thérapeutes, et ainsi de suite ? 

Qu’ont-ils de plus pour avoir leur section à eux ? La psychanalyse n’est qu’une thérapie parmi d’autres, à côté de la thérapie systémique, de la thérapie cognitivo-comportementale, de l’art-thérapie, de la gestalt-thérapie, etc. Des thérapies, il en existe des dizaines. Pourquoi eux ? 

Prenons les textes officiels. Idem ! Ils ont leur petite place réservée, à part. Dans le très récent et controversé décret sur l’usage du titre de psychothérapeute, ils ont leurs conditions d’accès spécifiques, à coté des psychiatres, des médecins et des psychologues. Où sont les systémiciens, les gestaltistes, etc. ? A quel titre, cette distinction ? 

Il existe aujourd’hui un master en psychanalyse. Soit ! Pourquoi pas. Le problème est que dans l’hypothèse où s’ouvrirait un master en thérapie cognitivo-comportementale, les diplômés n’auraient pas les mêmes droit d’accès au titre de psychothérapeute…, par exemple. Pourquoi ? 

Pas parce que la psychanalyse est plus efficace que les autres formes de psychothérapies, en tout cas. Non. Ca se saurait (voir à ce sujet le rapport de ‘INSERM sur l’efficacité des psychothérapies). Parce que les psychanalystes sont nombreux (notamment en France) et qu’ils sont puissants ! Voilà tout.

Titre de psychothérapeute : les psychologues sont vraiment les dindons de la farce !

 Revenons un peu en arrière. En 2004 paraît une loi relative à l’usage du titre de psychothérapeute. Faute de décret, elle n’était jusque là pas appliquée. Le titre de psychothérapeute n’était donc pas protégé et n’importe qui pouvait poser sa plaque du jour au lendemain sans autre formalité. 

Au contraire du titre de psychothérapeute, ceux de psychiatre et de psychologue sont eux protégés depuis des années :

  • Pour être psychiatre, il convient de posséder un doctorat en médecine, auquel s’ajoute une spécialisation en psychiatrie.
  • Pour être psychologue, il convient de posséder non seulement un master mais également un cursus complet en psychologie, soit 5 ans d’études dans cette discipline.

 Parallèlement, jusqu’au décret du 20 mai dernier, pour être psychothérapeute, il n’y avait donc besoin de rien. Je ne prêtant pas que tous les psychothérapeutes n’ont aucun diplôme ni aucune formation, bien au contraire. Mais le titre n’étant pas protégé, on peut honnêtement imaginer qu’il a été utilisé de façon abusive. C’est justement pour lutter contre ces abus que la loi de 2004 a vu le jour. Elle visait à protéger les personnes. 

Pendant 6 ans, les guerres intestines entre les différents professionnels et leurs représentants : universitaires, médecins, psychologues, psychanalystes et psychothérapeutes - ont fait avorter tous les projets de décret.

 Aujourd’hui, le décret est enfin paru et il est franchement en défaveur des psychologues, s’ils veulent faire usage du titre de psychothérapeute !

Selon qu’un psychologue est clinicien ou non, il devra compléter sa formation initiale de 150 à 300h de théorie et de 2 à 5 mois de stage. Je n’ai rien contre le principe d’un complément de formation, tant il est vrai que l’université forme peu à la thérapie dans ses aspects les plus concrets. Mais il faudrait que ce complément de formation soit « juste ».

- Les psychiatres, qui sont encore moins formés que nous à la thérapie durant leur formation initiale sont purement et simplement dispensés de formation complémentaire et de stage. Les médecins, non psychiatres, n’auront eux que 200h et 2 mois de stage à faire pour être psychothérapeutes.

- Plus choquant encore, les psychanalystes, qui ont fait une cure à titre personnel et ont suivi une formation non universitaire d’une société psychanalytique qui les a agréés, n’ont que 200h et 2 mois de stage à faire. Et, ceux qui travaillent aujourd’hui comme psychothérapeutes sans pouvoir prétendre aux seuls titres protégés de psychiatre ou psychologue, n’ont que 400h et 5 mois de stage à faire, soit à peine plus qu’un psychologue (notamment non clinicien). 

Dès lors, que valent nos 5 ans d’études (assortis de stages) en psychologie, pour Mesdames Bachelot, Pécresse, Penchard et Messieurs Fillon et Hortefeux, signataires de ce décret ? La réponse est claire : pas grand-chose !

Mais lorsque l’on sait que la plupart des psychiatres sont aussi psychanalystes, on comprend mieux certaines choses. Lorsque l’on sait que les psychologues sont mal représentés, mais que les psychiatres et les psychanalystes disposent de syndicats puissants, on comprend presque tout. On assiste à une main mise à terme du médical sur la pratique de la psychothérapie. 

Dans cette (triste) histoire, le titre de psychothérapeute, qui ne correspondait à rien (pas de diplôme ni de formation exigés) jusqu’à présent, va donc apporter un plus au titre de psychologue. Puisque seuls les médecins et les psychologues peuvent accéder à ce complément de formation, un psychologue-psychothérapeute, c’est « mieux » qu’un psychologue-tout-court. Surprenante inversion des choses.

Le bât blesse particulièrement lorsque l’on comprend que grâce aux mesures transitoires un psychothérapeute sans diplôme ni formation, mais qui a aujourd’hui plus de 5 ans d’exercice derrière lui, va pouvoir utiliser légalement le titre de psychothérapeute sans autre obligation, tandis qu’un psychologue (bac +5) qui a moins de 5 ans d’exercice devra suivre la formation complémentaire et le stage pour faire usage du titre de psychothérapeute. Logique ! Bon, on se rassure en ce disant que le titre de psychologue, celui-là, il ne l’aura pas.

 Rappelez-moi, c’était quoi le but de cette loi déjà ?

Les patients qui s’emmêlaient largement les pinceaux entre toutes ces dénominations (psychiatre, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste), que vont-ils y comprendre cette fois ? Car ça va être bien pire maintenant : tous les thérapeutes qui n’auront pas les qualifications pour être psychothérapeutes, trouveront simplement de nouveaux termes pour échapper à la loi : psychomachinchoses et autres machinchose-thérapeutes. Le public ne sera pas plus au fait des différences et ne sera pas davantage protégé !