Qualité de vie des aidants familiaux des malades d’Alzheimer
Le malade n’est pas seul touché par ce fléau qu’est la maladie d’Alzheimer. Elle retentit également de façon considérable sur la vie de l’entourage. A domicile, l’aidant naturel qui les prend en charge est le plus souvent le conjoint (43 %) ou un enfant (48 %). Leur rôle primordial dans l’accompagnement du malade en fait aussi très souvent un fardeau, par le retentissement psychologique et physique qu’il implique.
Une étude rend compte d’un taux de prévalence de la dépression chez les aidants familiaux de près de 55 % (Patrelle & al., 2001). Il est intéressant de noter que cette dépression n’est pas corrélée à l’altération cognitive du malade, mais bien davantage à sa perte d’autonomie dans les actes de la vie quotidienne et à ses troubles du comportement.
La dépressivité des aidants hommes et femmes n’est par ailleurs pas associée aux mêmes facteurs. Chez les femmes, la dépression est davantage corrélée à une altération cognitive spécifique (capacité de rappel) et à une perte d’autonomie au quotidien du malade. Chez les hommes, elle est davantage corrélée à un faible temps de répit et de distraction et à un faible soutien des professionnels. Les facteurs sont relatifs aux malades pour les femmes et relatifs à eux-mêmes pour les hommes.
On note parmi les troubles du comportement associés à la dépression de l’aidant : avoir peur le soir quand la nuit tombe ; s’opposer aux soins ; le changement de personnalité ; l’anxiété et la peur ; ne plus reconnaître ses proches ; ne pas tenir en place ; être incapable de se détendre ou de se reposer ; formuler sans arrêt demandes et critiques ; les manifestations de rage, violence ou agressivité ; crier ou pleurer ; être passif, ne rien faire ou peu.
C’est la question de la vie au jour le jour avec le malade qui est en jeu. Entre les soins, les repas, la surveillance, la stimulation intellectuelle, l’inquiétude pour l’avenir, la démotivation grandissante du malade, etc., c’est d’un manque de temps libre et de disponibilité au quotidien dont se plaignent le plus les aidants (Etude Paquid, 2002). 70 % des époux et 50 % des enfants consacrent plus de 6 heures par jour au malade, ce qui implique souvent de revoir son organisation professionnelle ou son temps de travail. Ils sont envahis.
La prise en charge d’un malade à domicile a des répercussions très nettes sur la santé de l’aidant. Ils sont 22 % à reculer, voire renoncer, à un rendez-vous médical ou une hospitalisation, pour eux, faute de temps. 36 % des conjoints consomment des somnifères et 34 % de tranquilisants, contre 18 % et 24 % chez les enfants. Malgré son utilité, le recours à un psychologue est exceptionnel, faute de temps pour soi, toujours. Ce sont généralement les consultations médicales pour le malade qui sont l’occasion de parler de ses propres difficultés.
Il faut être très vigilant à cet épuisement, pour le couple aidant-aidé. Car fatigué, l’aidant va peu à peu diminuer la qualité de son accompagnement : il va moins bien réagir, s’emporter plus facilement, être plus agressif, moins disponible…, ce qui déstabilisera encore davantage le malade, et accentuera encore l’épuisement en retour, dans une effet de cercle vicieux.
Il est primordial pour les aidant de mettre des limites à leur engagement auprès des malades, et ce, sans excès de culpabilité. Accepter de se faire aider, préserver sa vie sociale et affective, s’accorder du temps pour soi, en termes de répit, de soin, mais aussi simplement de loisirs, sont des bases essentielles pour se protéger.