Livre : Femmes sous emprise (M.F. Hirigoyen)
J’initie avec cet article une série de coups de cœur pour des livres qui me semblent intéressants et dont je conseille parfois la lecture aux patients qui viennent me consulter. Journée du 8 mars oblige, un ouvrage qui traite des femmes… ce n’est guère original, je sais. J’assume !
C’est avec le féminisme, dans les années 1970, que les premières études sur la violence conjugale ont vu le jour. Jusqu’à alors, on considérait qu’il s’agissait d’une histoire privée et la question n’était pas traitée, restant sous la chape de plomb du secret de famille. Les travaux ont permis de se rendre compte qu’il ne s’agit en rien d’un phénomène marginal ; en France, une femme meure sous les coups de son compagnon (ou ex-compagnon) tous les deux jours et demi. Et, contrairement aux a priori, cette violence faite au femmes touche tous les milieux sociaux.
Quand on parle de violence conjugale, on pense souvent violence physique, avec les objets qui volent, les coups, les blessures, etc. C’est négliger une autre forme de violence, autant, si ce n’est plus, destructrice : la violence psychologique. La violence conjugale englobe tous les actes générant des souffrances physiques et/ou psychologiques dans le but d’intimider, de punir ou d’humilier :
- violences psychologiques, dont les violences verbales : dénigrement, mépris, indifférence, contrôle autoritaire des faits et gestes, jalousie pathologique, isolement, menaces… ;
- agressions physiques, dont les violences sexuelles : gifles, coups de poing, coups de pieds, rapports sexuels forcés sous la contrainte ou la menace…
L’enquête ENVEFF (Enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes en France) réalisée par Maryse Jaspard en 2000 est la première enquête nationale sur ce sujet en France, prenant en compte ces deux formes de violence. Réalisée par téléphone auprès de 6970 femmes âgées de 20 à 59 ans, l’étude indique que 10 % des femmes auraient subie des violences au cours des 12 mois précédant l’enquête.
Il n’est pas utile d’user de la force physique pour être violent : des moyens subtils, répétitifs et ambigus peuvent être utilisés avec autant si ce n’est plus d’efficacité. Cette prise en compte de la violence psychologique est essentielle ; d’une part, parce qu’elle est la plus fréquente, et d’autre part, parce que c’est par elle que la violence conjugale s’installe et s’intensifie jusqu’à la violence physique. Les premières attaques sont légères, ce qui les rend bien souvent acceptables. Les violences s’intensifient très graduellement, de façon à conditionner progressivement les femmes qui finissent par les trouver normales, alors qu’elles auraient été choquées d’y être confrontées d’emblée. Avant les coups, une cascade de comportements abusifs psychologiques se mettent en place, anesthésiant progressivement les capacités de réactions.
A partir de nombreux exemples, Marie-France Hirigoyen dresse un panorama très complet de ces violences conjugales et surtout explique le mécanisme même de l’emprise psychologique, comment elle se met en place et comment en sortir.
Hirigoyen, M.-F. (2006). Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple. Ed. Pocket.