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Gastroplastie et consultation de psychologue

Selon les recommandations pour le diagnostic, la prévention et le traitement des obésités en France, une gastroplastie ne peut être pratiquée qu’après l’avis positif d’une équipe pluridisciplinaire : chirurgien, mais aussi médecin généraliste, diététicien, psychiatre, pneumologue, cardiologue, gastro-entérologue, etc. Il convient en outre, que le patient présente une IMC * au moins égale à 40 (35 si des problèmes de santé font courir un risque vital) et qu’il ait suivi une aide médicale plurielle durant au moins 6 à 12 mois (contrôle alimentaire, activité physique, suivi psychothérapeutique, aide médicamenteuse…), sans succès. 

Or, il semble que ces recommandations soient considérées avec beaucoup de légèreté. J’ai reçu il y a quelques jours une jeune femme candidate pour une gastroplastie. L’intervention chirurgicale devait intervenir… 12 jours plus tard, avec une IMC tout juste égale à 35, une multitude de régimes mais pas de suivi médical pluri-professionnel pendant au moins six mois, et aucune visite chez un psychiatre. 

Dans ce cadre, que signifie “équipe pluridisciplinaire” ? J’ai plutôt le sentiment d’être considérée comme une formalité dans ce parcours : un rendez-vous et on repart serein avec son autorisation-césame délivrée en une heure de temps par un(e) psychologue qui, j’ai l’impression, remplace de plus en plus souvent le psychiatre, plus difficile d’accès… surtout au dernier moment. 

Le chirurgien est souvent perçu comme le seul interlocuteur ; le rôle des autres professionnels et notamment du nutritionniste et du psychologue étant réduit à la portion congrue. Quel temps me donne t-on pour exercer correctement mon métier ? En une heure, j’ai tout juste le temps de faire connaissance avec la personne qui me consulte ; certainement pas de procéder à une évaluation de ses lignes de force ou faiblesses psychologiques pour faire face à ce type de chirurgie et à ses conséquences. 

* IMC (Indice de masse corporelle) = poids/taille²

Selon Pierre Desproges…

- A quoi reconnaît-on un psychologue dans une assemblée ?

- C’est celui qui regarde les autres quand une jolie femme entre dans la pièce.

Pierre Desproges

Le bilan psychologique : une aide au développement personnel

 - Quel intérêt ? Je me connais, je n’ai pas besoin d’un bilan pour savoir qui je suis ! 

A peu de choses près, c’est la réponse que me fît un ami lorsque j’évoquais avec lui mon projet de développer l’approche du bilan psychologique au sein de ma pratique professionnelle. 

A bien y regarder, on peut effectivement se dire que la personne qui vit avec elle-même 24 heures sur 24 est peut-être la mieux placée pour savoir qui elle est et comment elle fonctionne. 

Et pourtant, les études montrent que l’estimation naïve de nos potentialités est très approximative. Ainsi, les corrélations entre autoévaluations et performances à des tests d’efficience intellectuelle avoisinent 0.30 *. En ce qui concerne les tests de personnalité, les corrélations entre autoévaluations et résultats sont à peine plus satisfaisantes à 0.40. Intuitivement, l’individu ne se connaît pas si bien et le bilan peut être, selon les cas, l’occasion de confirmer et affiner l’image que l’on a de soi, voire de découvrir véritablement un aspect de son fonctionnement psychologique. 

Idéalement, le bilan n’est pas une fin en soi. Au délà de la simple démarche diagnostique, il peut pour les personnes qui le souhaitent, être le point de départ de tout un travail personnel. Par l’enrichissement des représentations de soi, le bilan peut participer à un axe de développement de ses potentialités. En outre, le bilan lui-même participe à l’amélioration de l’image de soi. Une étude menée sur des étudiants indique que l’estime de soi augmente chez des personnes ayant bénéficié d’un retour de résultats après une évaluation psychométrique. 

* Comprise entre -1 et 1, une corrélation rend compte du degré de liaison entre deux variables. Plus une corrélation s’approche de zéro plus elle est insignifiante, plus elle s’approche des valeurs extrême -1 ou 1, plus elle est forte. A 0 la corrélation est nulle et les variables sont indépendantes. A -1 et 1 la corrélation est totale, les variables évoluant respectivement négativement (quand l’une augmente, l’autre diminue) ou positivement (quand l’une augmente, l’autre augmente également).

Représentations & vécu

Une petite fable sympathique et pleine de sens (Boris Cyrulnik) :

En se rendant à Chartres, Péguy voit sur le bord de la route un homme qui casse des cailloux à grands coups de maillets. Son visage exprime le malheur et ses gestes la rage. Péguy s’arrête et lui demande :

- Monsieur, que faites-vous ?

- Vous voyez bien, lui répond l’homme, je n’ai trouvé que ce métier stupide et douloureux !

Un peu plus loin, Péguy aperçoit un autre homme qui, lui aussi, casse des cailloux, mais son visage est calme et ses gestes harmonieux.

- Que faites-vous, Monsieur ?, lui demande Péguy.

- Eh bien, je gâgne ma vie grâce à ce métier fatigant, mais qui a l’avantage d’être en plein air, lui répond-il.

Plus loin, un troisième casseur de cailloux irradie de bonheur. Il sourit en abattant la masse et regarde avec plaisir les éclats de pierre.

- Que faites-vous ?, lui demande Péguy.

- Moi, répond cet homme, je bâtis une cathédrale.

Image et influence sociales

Pour changer un peu, une petite histoire que j’aime beaucoup :

Par une chaude journée d’été, dans l’Italie du sud, un homme et son jeune fils, accompagnés de leur âne, décident de rendre visite à des membres de leur famille qui habitent une ville lointaine.

Le père montaît l’âne, tandis que son fils marchaît à ses côtés. Un groupe de gens les regarda passer. Le père les entendit dire : Voyez comme ce père est cruel ! Lui voyage à dos d’âne, tandis que son petit garçon doit marcher à pied. Et par une si chaude journée !

Le père descendit de sa monture, fit monter son fils et ils continuèrent leur équipé. Passant devant d’autres personnes, le père les entendit dire : Voyez-vous ce père âgé qui marche à pied par une si chaude journée, alors que son fils est confortablement assis ? Quel genre d’éducation est-ce là ?

A ces mots, le père décide que le mieux serait qu’ils montent sur l’âne tous les deux. Continuant leur route, ils passent encore devant d’autres personnes . Cette fois, le père les entend dire : Regardez, quelle cruauté ! Ces deux là n’ont aucune pitié pour le pauvre animal qui doit porter un tel fardeau par une si chaude journée.

Le père descend alors à nouveau et demande à son fils d’en faire autant. Alors qu’ils continuent leur longue marche et passent devant un autre groupe de personnes, ils les ententent dire : Regardez ces deux idiots ! Par une si chaude journée , ils vont à pied alors qu’ils pourraient voyager à dos d’âne !

Vous avez une plaque ?

L’autre jour, j’ai reçu un coup de fil. Un homme. Il souhaite venir en consultation avec son amie, car elle veut le quitter. Il veut savoir si je reçois les couples. Je réponds bien évidemment par l’affirmative, en précisant que c’est l’idéal de venir ensemble lorsque les deux partis sont d’accord. Je lui demande si son amie serait a priori d’accord pour venir avec lui. Il n’en est pas bien sûr.

- “Est-ce que vous avez une plaque ?

Je n’ai pas de plaque. Enfin… si, j’en ai bien une, rangée… Il y a un an, lorsqu’une collègue est venue partager mon cabinet et a installé sa propre plaque, j’en ai fait faire une. Ce n’était pas compréhensible qu’elle ait une plaque et pas moi, alors je l’ai fait faire. Mais à vrai dire, je tarde un peu à l’installer !

Ca me plaisait bien cette entrée anonyme. Les personnes qui venaient me consulter sonnaient à une simple porte. Une porte parmi d’autres, sans distinction. C’était discret et si la plupart de mes patients n’ont jamais évoqué la question, ni en bien ni en mal, quelques-uns m’ont dit apprécier.

Bref, je reviens à mon coup de téléphone.

Il y a donc la plaque de ma collègue et je le lui dit. Mais la question me surprend et je lui demande le pourquoi de cette question.

- “J’aurais pu l’amener sans qu’elle sache où elle allait. Sans plaque, elle ne l’aurait su qu’au dernier moment, une fois en face de vous“.

Certes ! J’ai souris intérieurement. Et, elle aurait sans doute apprécié le piège ! Tournée de talons et claquement de porte en perspective… Pas étonnant qu’elle veuille le quitter. Ca, je ne l’ai évidemment pas dit à mon interlocuteur. Le premier contact par téléphone est parfois l’occasion d’une première intervention thérapeutique. Comme j’avais un peu de temps devant moi, j’ai pris le temps de lui expliquer deux ou trois choses.