Titre de psychothérapeute : les psychologues sont vraiment les dindons de la farce !
Revenons un peu en arrière. En 2004 paraît une loi relative à l’usage du titre de psychothérapeute. Faute de décret, elle n’était jusque là pas appliquée. Le titre de psychothérapeute n’était donc pas protégé et n’importe qui pouvait poser sa plaque du jour au lendemain sans autre formalité.
Au contraire du titre de psychothérapeute, ceux de psychiatre et de psychologue sont eux protégés depuis des années :
- Pour être psychiatre, il convient de posséder un doctorat en médecine, auquel s’ajoute une spécialisation en psychiatrie.
- Pour être psychologue, il convient de posséder non seulement un master mais également un cursus complet en psychologie, soit 5 ans d’études dans cette discipline.
Parallèlement, jusqu’au décret du 20 mai dernier, pour être psychothérapeute, il n’y avait donc besoin de rien. Je ne prêtant pas que tous les psychothérapeutes n’ont aucun diplôme ni aucune formation, bien au contraire. Mais le titre n’étant pas protégé, on peut honnêtement imaginer qu’il a été utilisé de façon abusive. C’est justement pour lutter contre ces abus que la loi de 2004 a vu le jour. Elle visait à protéger les personnes.
Pendant 6 ans, les guerres intestines entre les différents professionnels et leurs représentants : universitaires, médecins, psychologues, psychanalystes et psychothérapeutes - ont fait avorter tous les projets de décret.
Aujourd’hui, le décret est enfin paru et il est franchement en défaveur des psychologues, s’ils veulent faire usage du titre de psychothérapeute !
Selon qu’un psychologue est clinicien ou non, il devra compléter sa formation initiale de 150 à 300h de théorie et de 2 à 5 mois de stage. Je n’ai rien contre le principe d’un complément de formation, tant il est vrai que l’université forme peu à la thérapie dans ses aspects les plus concrets. Mais il faudrait que ce complément de formation soit « juste ».
- Les psychiatres, qui sont encore moins formés que nous à la thérapie durant leur formation initiale sont purement et simplement dispensés de formation complémentaire et de stage. Les médecins, non psychiatres, n’auront eux que 200h et 2 mois de stage à faire pour être psychothérapeutes.
- Plus choquant encore, les psychanalystes, qui ont fait une cure à titre personnel et ont suivi une formation non universitaire d’une société psychanalytique qui les a agréés, n’ont que 200h et 2 mois de stage à faire. Et, ceux qui travaillent aujourd’hui comme psychothérapeutes sans pouvoir prétendre aux seuls titres protégés de psychiatre ou psychologue, n’ont que 400h et 5 mois de stage à faire, soit à peine plus qu’un psychologue (notamment non clinicien).
Dès lors, que valent nos 5 ans d’études (assortis de stages) en psychologie, pour Mesdames Bachelot, Pécresse, Penchard et Messieurs Fillon et Hortefeux, signataires de ce décret ? La réponse est claire : pas grand-chose !
Mais lorsque l’on sait que la plupart des psychiatres sont aussi psychanalystes, on comprend mieux certaines choses. Lorsque l’on sait que les psychologues sont mal représentés, mais que les psychiatres et les psychanalystes disposent de syndicats puissants, on comprend presque tout. On assiste à une main mise à terme du médical sur la pratique de la psychothérapie.
Dans cette (triste) histoire, le titre de psychothérapeute, qui ne correspondait à rien (pas de diplôme ni de formation exigés) jusqu’à présent, va donc apporter un plus au titre de psychologue. Puisque seuls les médecins et les psychologues peuvent accéder à ce complément de formation, un psychologue-psychothérapeute, c’est « mieux » qu’un psychologue-tout-court. Surprenante inversion des choses.
Le bât blesse particulièrement lorsque l’on comprend que grâce aux mesures transitoires un psychothérapeute sans diplôme ni formation, mais qui a aujourd’hui plus de 5 ans d’exercice derrière lui, va pouvoir utiliser légalement le titre de psychothérapeute sans autre obligation, tandis qu’un psychologue (bac +5) qui a moins de 5 ans d’exercice devra suivre la formation complémentaire et le stage pour faire usage du titre de psychothérapeute. Logique ! Bon, on se rassure en ce disant que le titre de psychologue, celui-là, il ne l’aura pas.
Rappelez-moi, c’était quoi le but de cette loi déjà ?
Les patients qui s’emmêlaient largement les pinceaux entre toutes ces dénominations (psychiatre, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste), que vont-ils y comprendre cette fois ? Car ça va être bien pire maintenant : tous les thérapeutes qui n’auront pas les qualifications pour être psychothérapeutes, trouveront simplement de nouveaux termes pour échapper à la loi : psychomachinchoses et autres machinchose-thérapeutes. Le public ne sera pas plus au fait des différences et ne sera pas davantage protégé !