C’est par l’intermédiaire d’Eric que j’ai pu rencontrer cet enseignant. La rencontre se déroule dans une ambiance décontractée très agréable, qui contraste avec ma rencontre de la veille avec Daniel. Enthousiaste, loquace et curieux, Florient se confie à moi avec beaucoup de spontanéité et de sincérité apparentes, même s’il tient à ce que je garde confidentiels certains éléments de son histoire personnelle.
Professeur d’éducation physique et sportive en collège, Florient enseigne depuis une demi douzaine d’années. L’agression dont il témoigne s’est déroulée lors de sa deuxième année d’enseignement, soit quatre ans plus tôt. Il est en cours sur un terrain de sport proche de son établissement scolaire, lorsqu’il est interrompu par un jeune homme à l’allure décidée et agressive. « Qu’est-ce t’as fait à mon frère ? » l’interroge-t-il, le visage à quelques centimètres seulement de celui de l’enseignant. Florient repousse le jeune homme qu’il sent très énervé et réplique « Ecoute garçon, ici t’es sur un lieu privé. C’est une école. T’as pas le droit de franchir les limites du terrain. Si tu les franchis, j’appelle les flics ! ». Devant l’assurance et la détermination dont fait montre l’enseignant le jeune homme quitte rapidement les lieux.
Des élèves, témoins de l’altercation, Florient apprend qu’il s’agit du frère d’un élève de sixième très difficile qu’il vient d’avoir en cours. A moins d’un mois de la rentrée scolaire, il ne s’est pas passé une heure sans que cet élève ne s’oppose d’une quelconque manière à l’enseignant. Quelques instants plus tôt encore, Florient a dû le sanctionner pour avoir battu violemment l’un de ses camarades. Surpris en pleine action, Florient lui a publiquement botté le derrière puis refusé toute participation aux activités sportives. Il a ensuite téléphoné à ses parents, tombant sur la mère du garçon qui semblait étonnée par la conduite de son fils mais acceptait bien volontiers de le rencontrer dés le lendemain. Florient a raccroché avec satisfaction pensant résoudre le problème rapidement malgré les insultes et le regard haineux que lui jetait le garçon.
Pour Florient, l’incident est clos dès le départ du frère de son élève et il ne s’inquiète pas outre mesure. Il songe simplement à informer l’Administration, auprès de laquelle lui et ses collègues réclament depuis plus d’un an que ce terrain ouvert à tout vent soit fermé.
Une quinzaine de minutes plus tard, ses élèves lui crient « Attention Monsieur, quelqu’un arrive ! ». Lorsqu’il se retourne, Florient est aussitôt bousculé par le frère de son élève qu’accompagnent cette fois leur aîné et deux autres acolytes. « Malheureusement pour moi, j’ai toujours été d’un tempérament bagarreur. Donc, celui qui était en train de me pousser, malheureusement pour moi, je le prends, je le retourne, je le mets par terre et je le mets hors d’atteinte. Sans le frapper ». Dés lors, le frère aîné sort une bombe lacrymogène que Florient prend d’abord pour un couteau à cran d’arrêt. Profitant du mouvement de retrait, le jeune homme se relève et adresse à l’enseignant un coup de tête qui le jette à terre. Florient tente de se relever mais les coups continuent de s’abattre.
« J’ai essayé de me relever pour... En fait, j’avais envie de me venger, hein ! Je vais parler crûment, comme j’ai l’habitude de parler avec mes potes. J’avais envie de lui en mettre une, quoi ! De l’allumer sérieusement. Et là, je ne sais plus trop parce que j’ai perdu connaissance mais ils m’ont massacré par terre, hein ! J’ai pris coups de pieds, coups de poings dans le visage, dans les côtes, un peu partout. Le collègue qui était avec moi m’a dit qu’ils me frappaient même dessus quand j’étais inconscient ».
Florient l’apprendra bien plus tard, mais son élève était après le cours rentré chez lui auto-mutilé se plaignant d’avoir été maltraité par son enseignant, ce qui avait suscité la colère de ses frères. Bilan de l’assaut : huit dents cassées et des hématomes un peu partout sur le corps. Pendant que son collègue, arrivé en courant depuis l’autre bout du terrain, parvient à raisonner les garçons qui sont tous d’anciens élèves, Florient se précipite à l’administration pour appeler la police. Le frère aîné le poursuit jusque dans l’enceinte de l’établissement en le menaçant : « Je vais te tuer. Je vais te réduire à zéro ». A cet instant, Florient n’a qu’une idée en tête, celle consistant à se retourner et tuer son poursuivant, mais la douleur, la raison et la peur lui font continuer son chemin. Alors qu’il trouve refuge dans la loge du gardien, l’aîné des garçons déambule librement dans l’établissement jusqu’à l’arrivée de la police, à laquelle il proclame : « C’est moi qui ai frappé le professeur. J’étais tout seul. C’est moi ! ». Parce qu’il est déjà connu de la police pour diverses affaires en cours d’instruction, et parce que son puîné, auteur des coups les plus violents, est sportif professionnel en équipe de France junior, il semble qu’il ait décidé de prendre à son compte les coups portés par peur des conséquences que cet acte pourrait avoir sur la carrière professionnelle de son frère.
L’intervention de son Chef d’établissement est tardive et mal appropriée.
« J’étais à moitié dans le coma dans l’ambulance, il est venu me voir, il ne m’a pas demandé comment j’allais. Véridique. Je n’exagère rien. Il ne m’a pas demandé comment j’allais, il m’a dit “Mr X., je vous interdis de porter plainte. Il ne faut pas faire de vague”. Je cite. Là, je me suis vu me relever sur mon truc, il y avait mon collègue qui était à côté de moi, qui me tenait, qui m’a rallongé. J’avais envie de lui en mettre une. J’avais envie de lui péter le nez et de lui dire “Vous ne ferez pas de vague maintenant, hein !” ».
Finalement, le Principal et le collègue témoin de l’agression accompagneront Florient dés le lendemain au commissariat pour le dépôt de plainte. Le médecin urgentiste rencontré la veille lui a prescrit une interruption temporaire de travail de dix jours autorisant un procès en correctionnel. Florient n’avait aucune envie de s’arrêter de travailler, mais une fois la procédure expliquée il était prêt à s’arrêter jusqu’à plusieurs années si cela pouvait charger ses agresseurs. Par la suite, il fera prolonger d’autant cette interruption de travail non par nécessité mais pour ennuyer son Chef d’établissement et pénaliser ses élèves. En faisant renouveler l’arrêt au dernier moment, il empêche l’Administration de trouver un remplaçant, ce que son Chef d’établissement ne manquera pas de lui rappeler en négligeant toujours de s’intéresser à sa santé.
Au Commissariat, il s’emporte contre le commissaire qui veut le confronter à ses agresseurs et surtout contre un des acolytes qui n’a pas été placé en garde à vue et qui le provoque : « Il m’a dit un truc, je m’en souviendrai toute ma vie, il m’a dit “T’es content, hein prof ! Tu vas gagner de l’argent maintenant” ». Conjointement, les parents de l’élève ayant déposé plainte contre lui, il reste quelques temps dans l’expectative.
« On ne sait pas trop où on va. Tu angoisses un peu et puis tu réfléchis “Je n’ai rien fait. Ce n’est pas possible”. Tu téléphones à ton avocat : “ – Ah, mais Monsieur X., heureusement que vous n’avez pas frappé vos agresseurs parce que là vous étiez mal, vous savez. Légitime défense ou pas, dans ces cas là, il vaut mieux se laisser frapper que de frapper. – Ah bon ? Je risquais quoi ? – Vous risquiez de la prison ferme. – Ah bon ?! – Ah oui !”. Tu vois tu trembles un peu ».
Au cours de ces journées d’arrêt maladie, il reçoit de la part d’enseignants une quantité de petites cartes chaleureuses et amicales qui le réconfortent. Par solidarité, ses collègues se mettent en grève dés le lendemain de l’agression et les médias sont mobilisés. La coïncidence veut que ce jour corresponde à la « Journée sans violence », organisée par l’Education Nationale. « Evidemment, les journalistes se sont dit “Tiens, comme c’est chouette ! Un pauvre crétin de prof d’E.P.S. qui vient de se faire arracher la tête juste la veille” », ironise-t-il. Journalistes et photographes défilent toute la journée, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Il apprécie cette sollicitation et l’importance qu’on lui accorde. Les articles de presse seront parfois très fantaisistes mais Florient s’en amuse plus qu’il ne s’en offense.
« Ils ont raconté tout et n’importe quoi. Le premier article qui est paru, je n’avais pas du tout dit ce qu’ils ont retranscrit. C’est classique, hein ! Au départ, ils étaient venus à deux avec des couteaux et des battes de base-ball. Après, c’est devenu un cutter. Après, je m’étais fait gazer. Après, j’avais eu un traumatisme crânien. Il y a eu des trucs plus ou moins... et puis, la cause de l’agression, c’était que j’avais envoyé à l’hôpital un élève. Enfin, il y avait un mélange de centaines de choses qui étaient complètement aberrantes. [...] Je m’en fichais un petit peu. A la limite, ça m’avait amusé parce que tu prends de la valeur un peu. On se dit “Tiens, on s’intéresse à moi”. C’était rigolo, quoi ! »
La symptomatologie traumatique permet de dignostiquer la présence d’un état de stress post-traumatique incomplet, sans temps de latence, et où dominent les réminiscences et l’hyperactivité neurovégétative . Florient développe une agressivité réactive dont il ne se départira qu’après plusieurs mois. Le soir même, c’est « fin énervé » qu’il rentre chez lui. Blessé et encore groggy par le choc, il avoue n’avoir pensé qu’à retourner se battre au plus vite pour défouler sa haine.
« J’avais des potes dans le rugby dans la région et je n’avais qu’une intention, c’est de filer vite les voir pour les... pour leur exploser la tête, quoi ! C’est débile, hein ! Je suis désolé. Ce n’est pas digne d’un être humain, mais c’est la réaction que j’ai eu. Voilà. Je n’ai pas pleuré mais j’avais envie de leur fracasser la tête. »
La douleur et l’énervement l’empêchent de dormir ce soir là, mais très rapidement des insomnies se développent durant lesquelles il se repasse le film de l’agression. Il tente de comprendre où il a commis une erreur, modifie le scénario pour obtenir une issue plus heureuse, et se reproche son manque de lucidité. Il regrette amèrement de ne pas avoir compris plus tôt que ces garçons allaient passer à l’acte, car s’il avait vu venir l’agression il sait que ce n’est pas lui qui aurait mordu la poussière . Il aurait aimé frapper en premier pour que « ce soit eux qui, étant en tort, payent directement d’avoir été en tort ». Sur le coup, c’est la haine qui l’habite et il regrette notamment de ne pas avoir ruiné la carrière de sportif du plus jeune de ses agresseurs en lui assénant quelques coups précis lorsqu’il était à terre. Florient a mis deux années environ pour se départir de cette haine dévorante.
Son agressivité s’est rapidement étendue à d’autres aspects de la vie quotidienne. Devenu globalement très irritable, il s’emporte facilement et ne supporte aucune contrariété. Au collège, il rencontre des difficultés relationnelles avec ses collègues. En voiture, il ne cesse de s’accrocher avec d’autres automobilistes. Habituellement très calme, il ne se reconnaît plus. « Mais tu deviens fou ou quoi ! », s’interroge-t-il parfois. L’agressivité est telle, qu’il a parfois envie de taper dans de simples sacs. En pleine nuit, il lui arrive de se relever pour aller courir et de rentrer deux heures plus tard sans ressentir la moindre fatigue tant il est énervé. « J’évacuais ça comme ça. J’évacuais en amochant tout ce qui passait, en me battant, en gueulant, en étant agressif ». A son retour au collège quelques élèves ne manquent pas de le provoquer et il doit guerroyer contre lui-même pour ne pas répondre à leurs défis.
« J’ai eu des abrutis qui sont venus me voir, qui m’ont dit “T’es vraiment une grosse tapette. Tu t’es laissé taper par un gamin de dix-huit ans”. Je vais être très vulgaire mais on m’a dit “T’as pas de couilles”. Ca m’est arrivé plusieurs fois ça. Souvent des copains du gars. Et malheureusement toujours le même type, hein ! Le petit maghrébin... accoudé quand je passe : “Eh, grosse tapette !”. Ca m’est arrivé ça. Pour te dire, hein ! Le chantage psychologique que c’est, quoi ! Et je me suis dit “Je vais m’arrêter, je vais le tuer, je vais lui éclater la tête”. Et après “Non. T’es fou ! T’es pas dans le même monde. T’as pas le droit d’être dans le même monde”. C’est hyper dur ».
Parce qu’il a reçu des menaces de mort, il reste sur ses gardes et conserve dans sa voiture une batte de base-ball. Il a du mal à passer le seuil du terrain de sport où s’est déroulée l’agression, ne tourne jamais le dos à la porte d’accès et se retourne constamment pour vérifier que personne n’arrive par derrière. Il trouve totalement ridicules et stupides ces mesures de protection mais ne peut s’en empêcher.
Sur le plan juridique, Florient a été défendu par un avocat de l’Autonome de solidarité. C’est avec impatience qu’il a vécu les cinq mois qui ont séparé l’agression du procès. Ses agresseurs sont loin d’être des enfants de cœur et rétrospectivement il se dit que la situation aurait pu être pire. Jugé par un tribunal pour enfant et défendu par deux des meilleurs avocats de la ville, rémunérés par son club sportif, le plus jeune de ses agresseurs a été condamné à des heures de travaux d’intérêt général.
« Alors, la plaidoirie, j’ai cru que je devenais maboul ! Comme dans les films ! “Mon client est une victime de l’éducation... c’est la société... en plus c’est un bronzé, donc on ne l’aime pas, on est raciste envers lui...”. A la fin de son truc, je me suis tourné vers mon avocat, je lui ai dit “Mais attendez ! Qui-est-ce qui s’est pris un coup de boule dans la tête là ? C’est qui le pauvre gugusse là dans l’histoire ?”. Ils ont un art, une rhétorique, c’est assez impressionnant. Ca m’a foutu hors de moi. En sortant, je me suis approché de l’avocat. Je l’ai pris par l’épaule et je lui ai dit “Merci ! belle plaidoirie Maître !”. Je commençais à me foutre de sa tête quoi ! J’étais fin énervé. Comme je peut être débile et stupide, mon père m’a fait “Allez, vas-t-en ! T’arrêtes”. [...] Alors, ils ont dit plein de fausses vérités, disant qu’ils avaient déjà fait une enquête sur moi et que j’avais déjà eu des ennuis. On ne leur demande pas de prouver. Ils parlent et les gens écoutent. L’avocat général écoute, les juges écoutent. Et tu t’en prends plein les dents : “Si Mr. X. avait réellement une conscience professionnelle, alors aurait-il puni le jeune élève...”. C’est comme dans Astérix et Obélix, le tribun de la plèbe qui lève le doigt. Tu te prends une grosse claque. Déjà, t’entends ton avocat. Il dit un truc sympa, bien. Il parle bien. Tu te dis “Super !”. Après, t’entends la partie adverse. Là, tu te fais massacrer la tête. Tu es le dernier des profs, tu es incapable de gérer ton boulot, tu es un psychopathe, tu es un violent, etc. [...] Tu as à nouveau des envies de meurtre. Tu te dis “Mais qu’est-ce que c’est que ça ? C’est la justice ça ?”. Et arrive ensuite l’avocat général. Alors là, tu retombes un petit peu sur tes pieds. Tu te dis “Ah ! Enfin ! On m’a compris.” Alors là, il s’en est pris plein les dents. Il lui a posé des questions vraiment vicieuses, vraiment le ridiculisant. Et à un moment tu te dis “Mais où il va s’arrêter”, parce qu’il en a assez pris le pauvre. Tu te mets à avoir pitié quoi. C’est un changement comme ça de sentiments et d’attitudes en quelques minutes. Il faut le voir pour le croire. »
En revanche, l’aîné a pris sept ans de prison pour divers actes délictueux et criminels, dont un an et demi pour l’agression de Florient. « Ce qui était marrant de voir c’est que le jeune en équipe de France junior était suivi par deux avocats, et le pauvre grand frère qui avait essayé de tout prendre sur lui a été défendu par une petite demoiselle qui devait commencer, qui était complètement à côté de ses pompes. C’était risible. Ca a duré deux minutes. Elle a dit n’importe quoi. Tu vois le contraste ! Lui, pas défendu, avocat commis d’office. Et le jeune, deux avocats ». Enfin, le troisième homme, décédé depuis dans une voiture volée, a pris dix mois de prison avec sursis. Sur un autre registre, l’élève instigateur, âgé d’une douzaine d’années, a été exclu de l’établissement sans qu’aucun conseil de discipline ne se prononce sur son sort. Il a donc intégré un nouvel établissement avec un dossier scolaire vierge du signalement de tout incident. Il a depuis cet événement tailladé au cutter les oreilles d’un de ses camarades de classe.
Florient n’a rien de la brute que certains de ses propos ici retranscrits pourraient laisser entendre, bien au contraire. Ayant eu la curiosité de comprendre à travers les articles de presse et les émissions, nombreux à cette période, ce que renferme le concept de traumatisme psychique, il analyse avec beaucoup de sensibilité et de finesse le déroulement de l’agression et les changements que celle-ci a amenés dans sa vie.
Lorsque je le rencontre, Florient conserve de cette période une vigilance accrue. Récemment encore, parce qu’un élève a menacé de lui « péter la tête », il a remis sa batte de base-ball dans sa voiture, et il lui arrive parfois de se retourner pour vérifier que personne n’arrive à revers. Il se tient sur ses gardes, farouchement décidé à ne pas se laisser surprendre une seconde fois. L’agressivité qu’il manifestait encore deux ans après les faits s’est nettement atténuée aujourd’hui, bien qu’il ressente les sensations physiques de l’énervement par le simple fait d’évoquer l’agression avec moi. Florient est rugbyman et cette agression lui laisse un goût véritablement amer. Il n’a pas vu venir l’agression et il sait que le cours des événements aurait été tout autre s’il avait compris à temps. Psychologiquement, ne pas avoir compris que le passage à l’acte était possible le blesse profondément. Qu’on l’agresse ainsi était parfaitement inconcevable et le premier coup a suscité en lui une véritable fracture. Subitement, il s’est cru dans la rue à quinze ans en train d’amocher d’autres gamins. Quelque part, cette fracture l’humilie car s’il s’était tenu en alerte comme il l’est habituellement sur un terrain de rugby, il est certain qu’il aurait eu le dessus. C’est son orgueil de sportif qui est atteint : « J’avais l’énorme poids d’être resté sur le carreau. Je suis très orgueilleux évidemment. Je ne suis pas resté souvent sur le carreau en sport, quasiment jamais même, et là, ça me faisait quinger gravement d’y être resté ».
Après son arrêt de travail, le retour à l’établissement a été difficile. Malgré les nombreux témoignages de sympathie qu’il reçoit de la part de ses élèves, les provocations venant de quelques-uns l’affectent particulièrement car il a honte. Il s’imagine que les élèves, mais aussi ses collègues, le voient comme une personne incapable de se défendre. Peu à peu il perd confiance en lui et en son entourage. Au niveau sportif, il enregistre une baisse importante de rendement. S’il trouve la force et la volonté de s’entraîner, les gestes les plus élémentaires lui deviennent étrangers, les contacts physiques lui font peur et les blessures s’accumulent. « On venait me voir, on me disait “Mais qu’est-ce qui t’arrive ? T’es plus le même !”. Quand on vient te dire ça, là tu es en dessous de tout. Tu te dis “Mais c’est pas vrai, qu’est-ce que j’ai fait ? ». Il lui a fallu environ une année pour se départir de ces difficultés et retrouver un bon niveau sportif. Toutes ses relations sont affectées par ce manque de confiance en lui. Sans cesse il se sent en tort et redoute les échanges avec autrui, que ce soit avec son banquier ou son collègue de sport. Depuis un an environ, il se sent mieux et pense avoir retrouvé la confiance en soi nécessaire . Néanmoins, sur un plan plus personnel des difficultés persistent, que l’agression, sans les créer, avait soulignées ou révélées. Près de quatre ans après les faits, les réminiscences sont encore importantes et témoignent des interrogations de Florient sur sa vie personnelle et des conséquences indirectes de l’agression sur celle-ci. Sur le plan professionnel, demeurent des a priori qu’il ne se pardonne pas : « Quand je vois arriver les élèves, j’imagine des choses avant de les connaître. Je deviens... J’ai des choses atroces à te dire. Je ne tourne jamais le dos à un élève. Et là, c’est atroce ce que je vais te dire, j’en ai les larmes aux yeux mais encore plus si c’est un bronzé ou si c’est un jaune ou si c’est un vert. Le racisme du gamin qu’on détecte à 100 mètres parce qu’on sent que ça ne va pas aller ». Il s’efforce de gommer ces préjugés et de ne pas imaginer à l’avance les difficultés qu’il pourrait rencontrer avec certains jeunes. Pour avoir des amis d’origine maghrébine, il connaît la xénophobie qu’ils ont à subir pour les actes que d’autres ont commis et se refuse à entrer dans ce schéma de pensée. La nouvelle attitude pédagogique qu’il a adoptée n’est sans doute pas étrangère à cette discipline qu’il s’impose : moins de tolérance et plus d’amour à l’égard des élèves. Il s’efforce de les comprendre en prenant en considération leurs difficultés mais exige d’eux qu’ils respectent les règles de la société dans laquelle ils évoluent. Il ne leur transmet plus simplement un savoir et un savoir faire en éducation physique et sportive, mais essaye également de « leur apprendre à vivre ».
| Caractéristiques psychologiques | Scores | m | |||||||||
| Coopersmith |   | ||||||||||
| Estime de soi [0-50] | 31 | |   |   |   |   |   |   |   |   | |
| Levenson |   | ||||||||||
| Contrôle interne [0-48] | 20 |   | |   |   |   |   |   |   |   | |
| Contrôle par autrui [0-48] | 6 |   |   | |   |   |   |   |   |   | |
| Chance [0-48] | 8 |   | |   |   |   |   |   |   |   | |
| Janoff-Bulman |   | ||||||||||
| Injustice [4-24] | 20 |   |   |   |   |   | |   |   |   | |
| Malveillance des gens [4-24] | 20 |   |   |   |   |   |   |   | |   | |
| Absence de hasard [4-24] | 22 |   |   |   |   |   |   |   |   | | |
| Malveillance du monde [4-24] | 15 |   |   |   |   |   | |   |   |   | |
| Absence de valeur perso. [4-24] | 14 |   |   |   |   |   |   | |   |   | |
| Absence de chance [4-24] | 10 |   |   |   | |   |   |   |   |   | |
| Non maîtrise du monde [4-24] | 15 |   |   |   |   | |   |   |   |   | |
| Non maîtrise de soi [4-24] | 18 |   |   |   |   |   |   |   |   | | |
| Paulhan |   | ||||||||||
| Résolution de problème [8-32] | 28 |   |   |   |   |   |   |   | |   | |
| Evitement, pensée positive [7-28] | 16 |   |   |   | |   |   |   |   |   | |
| Recherche de soutien social [5-20] | 15 |   |   |   |   | |   |   |   |   | |
| Réévaluation positive [5-20] | 17 |   |   |   |   |   |   | |   |   | |
| Auto-accusation [4-16] | 12 |   |   |   |   |   | |   |   |   | |
| Spielberger |   | ||||||||||
| Anxiété générale [20-80] | 40 |   |   |   |   | |   |   |   |   | |
| Radloff |   | ||||||||||
| Dépression [0-60] | 21 |   |   |   |   |   |   |   |   | | |
| Horowitz | * | ° |   | ||||||||
| Impact du traumatisme [0-75] | 59 | 39 |   |   |   |   |   |   | ° |   | * |
| Intrusion [0-35] | 35 | 23 |   |   |   |   |   |   |   | ° | * |
| Evitement [0-40] | 24 | 16 |   |   |   |   |   | ° |   | * |   |
| Joseph |   | ||||||||||
| Soutien professionnel [0-42] | 21 |   | |   |   |   | |||||
| Soutien familial [0-36] | 36 | Défaut de sensibilité de l'échelle | |||||||||
| Jehel |   | ||||||||||
| PTSD [17-119] | 70 |   |   |   | |   | |||||
| Reviviscence [5-35] | 23 |   |   |   | |   | |||||
| Evitement-Emoussement [7-49] | 19 |   |   | |   |   | |||||
| Activité neurovégétative [5-35] | 28 |   |   |   | |   | |||||