|
JOURNEES D’ETUDES DE LA SOCIETE FRANÇAISE DE PSYCHOLOGIE DU SPORT 20-21 mars 2003, Paris PSYCHOLOGIE DU SPORT, RECHERCHE ET APS
ENQUETE SUR LES ABUS SEXUELS EN MILIEU SPORTIF
Anne JOLLY Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche Laboratoire de Psychologie Appliquée - Université de Reims Champagne Ardenne 57, rue Pierre Taittinger - 51096 Reims Cedex
Résumé :
La question des abus sexuels subis par les athlètes dans le cadre sportif reste largement méconnue. Face à l’absence de données chiffrées sur le sujet, il s’agissait dans une perspective exploratoire d’estimer l’ampleur du phénomène. Réalisée auprès d’étudiants en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives, l’enquête s’est faite à l’aide d’un questionnaire respectant l’anonymat des sujets. 117 étudiants ont consenti à participer à l’étude et à retourner le questionnaire (taux de retour de 21,4 %, 47 garçons et 70 filles âgés de 18 à 29 ans). Près de 8 % des étudiants qui ont répondu à l’enquête ont eu à subir une agression d’ordre sexuel en milieu sportif, les filles plus que les garçons : 10 % versus 4 % (ns, p > 0,15). Contrairement à ces derniers, les filles (4 %) signalent également des agissements qui restent à leurs yeux ambigus. Les agressions ont plus souvent un caractère répétitif qu’unique. Les garçons ont subi les agressions d’autres sportifs, tandis que les filles ont été agressées par des hommes présentant dans la quasi totalité des cas une forme d’ascendant sur elles. L’âge moyen de survenue est de 15,5 ans pour les garçons et de 13,8 ans pour les filles. Parmi les cas des étudiants qui évoquent pour la première fois, à l’occasion de cette étude, les agressions subies, figurent : des contacts physiques répétés brisant progressivement les barrières du normal de la part d’un enseignant en EPS et d’un sportif, des attouchements et des caresses subis contre son gré, et une tentative échouée de viol de la part d’un membre du personnel médical d’un club sportif. Mots-clés : Abus sexuels, sports, athlètes. PRESENTATION La question des abus sexuels subis par les athlètes dans le cadre sportif reste largement méconnue. Sujet tabou par excellence, les faits se susurrent ou s’affirment, mais restent le plus souvent à l’état de confidence. Pourtant, l’étude épidémiologique menée par l’Inserm en 1993 sur 12 391 adolescents français révèle que les adolescents sportifs, en particulier ceux qui ont une pratique sportive intense, notamment les filles, témoignent d’un taux d’exposition aux violences sexuelles plus élevé que les adolescents non sportifs : 7 % versus 5 % pour les filles et 3 % versus 2 % pour les garçons (Choquet & al., 2001). Néanmoins, rien n’indique que le milieu sportif soit responsable de cette différence. Face à l’absence de données chiffrées sur le sujet, il s’agissait dans une perspective exploratoire d’estimer l’ampleur du phénomène des abus sexuels en milieu sportif. METHODE La population Des étudiants en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (S.T.A.P.S.) de premier et deuxième cycles. La procédure L’enquête a fait l’objet d’une présentation minutieuse dans le but de sensibiliser les étudiants et de limiter les effets des conceptions culturelles et éducatives (Acierno & al. 1997 ; Brackenridge, 1997).
Le questionnaire se décomposait en trois parties :
Sur les 547 questionnaires distribués, 117 ont été rapportés, soit un taux de retour de 21,4 %. L’échantillon est composé de 47 garçons et 70 filles, âgés de 18 à 29 ans. Taux d’exposition Près de 8 % des étudiants qui ont répondu à l’enquête ont eu à subir une agression d’ordre sexuel en milieu sportif, les filles plus que les garçons : 10 % versus 4 % (ns, p > 0,15). |
| Population | Pas d'agression | Agression ambiguë | Agression | |||
| Garçons | 45 | 95,7% | 0 | 0% | 2 | 4,3% |
| Filles | 60 | 85,7% | 3 | 4,3% | 7 | 10% |
| Totale | 105 | 89,7% | 3 | 2,6% | 9 | 7,7% |
Contrairement aux garçons, les filles sont également 4 % à signaler des agissements ambigus, à propos desquels elles ne savent dire s’il s’agit ou non d’agressions. Ambivalence Les réponses libres témoignent également de cette difficulté à faire la part entre le caractère licite ou illicite de certaines conduites.
Huit étudiants sur douze ont précisé leur âge au moment de l’agression : - Chez les garçons (n = 2), âge moyen : 15,5 ans [étendue : 10-21 ans]. - Chez les filles (n = 6), âge moyen : 13,8 ans [étendue : 12-17 ans]. Agissements subis Sur l’ensemble des agressions proposées dans le questionnaire, six ont été rencontrées par les étudiants : - invitation ou proposition déplacée, harcèlement sexuel. - contact physique répété, brisant progressivement les barrières du normal. - chantage offrant privilèges ou récompenses en échange de faveurs sexuelles. - exhibition indécente devant le sujet. - attouchements et caresses de la part d’autrui. - tentative échouée de viol. Les agressions subies ont plus souvent un caractère répétitif qu’unique : |
| Fréquence unique | Fréquence répétée | Fréquence inconnue |
| 2 | 6 | 4 |
Les auteurs des agissements
Aucun de ces agissements n’a fait l’objet d’un dépôt de plainte et seuls quatre étudiants disent s’être confiés à leur entourage. Parmi les cas des étudiants qui évoquent pour la première fois, à l’occasion de cette étude, les agressions subies, figurent : des contacts physiques répétés brisant progressivement les barrières du normal de la part d’un enseignant en EPS et d’un sportif, des attouchements et des caresses subis contre son gré, et une tentative échouée de viol de la part d’un membre du personnel médical d’un club sportif. CONCLUSION La présente enquête ayant limité son champ d’investigation au milieu sportif, un taux d’exposition inférieur à ceux obtenus dans des études non spécifiques sur des adolescents (Choquet & al., 1995, 2001) semblait se justifier. |
| Etudiants STAPS | Adolescents sportifs (Choquet & al., 2001) | Adolescents (Choquet & al., 1995) | |||
| Garçons | Filles | Garçons | Filles | Garçons | Filles |
| 4,3 % | 10 % | 3 % | 7 % | 2,1 % | 5,6 % |
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette contradiction :
La nature exploratoire de cette recherche limite la portée des résultats obtenus. Aussi, malgré les difficultés inhérentes au sujet de l’étude, des investigations menées auprès d’adolescents plus jeunes issus de structures sportives semblent nécessaires pour estimer l’ampleur et la nature des agressions, d’une part, et rendre plus efficaces les interventions des professionnels et les stratégies de préventions, d’autre part. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
|